HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE
Témoignage d'une adhérente : abandon institutionnel absolu
C'est le coeur lourd que l'association décide de publier ce témoignage d'une de nos adhérentes. Nous proposons notre analyse, et rappelons que notre collectif ne peut qu'être impuissant face à cette machine à broyer les individus. Notre pouvoir : rendre le combat collectif et donner l'espoir de faire bouger les lignes. Parce qu'on le peut, parce qu'il le faut.
Helpen
1/7/20264 min read


Témoignage d’une adhérente, victime d'une situation de harcèlement depuis dix ans
« Je n’ai jamais cherché le conflit. J’exerçais dans une académie francilienne reconnue pour son prestige, convaincue que le cadre institutionnel offrait, sinon une protection parfaite, au moins des garanties minimales de justice et de respect. Tout a basculé il y a huit ans, le jour où j’ai tenté de me défendre face à un collègue qui m’attaquait publiquement et de manière répétée. Ce geste, pourtant légitime, a marqué le point de départ d’un harcèlement collectif d’une violence que je n’aurais jamais imaginée.
Très rapidement, je ne me suis plus retrouvée face à un individu, mais face à un système. Des collègues ont cessé de m’adresser la parole. D’autres ont relayé des propos dénigrants, m’ont décrite comme instable, conflictuelle, dangereuse pour le collectif. Les réunions sont devenues des lieux de mise à l’écart, les décisions se prenaient sans moi, les informations essentielles ne m’étaient plus transmises. Tout concourait à me faire comprendre que je n’étais plus à ma place.
À l’origine de cette mise au ban, il y avait un signalement précis. J’avais dénoncé des détournements de fonds publics : un professeur déclarait des heures supplémentaires qu’il n’effectuait pas, tout en accusant simultanément un ou deux collègues de ces pratiques afin de détourner l’attention. Plutôt que de diligenter une enquête sérieuse, l’établissement a choisi de déplacer le problème. Pour eux, le problème, c'était moi.
Lorsque j’ai cherché du soutien, la violence a changé de forme. Des représentants syndicaux m’ont explicitement demandé de me taire. Certains ont été jusqu’à me menacer à mots couverts : continuer, c’était me condamner. Mes collègues m’ont reproché de mettre l’équipe en danger. L’administration de l’établissement m’a accusée de troubler le service public. Puis le rectorat est intervenu, non pour me protéger, mais pour me rappeler à l’ordre, multiplier les courriers, les injonctions implicites, les silences lourds de sens.
En 2019, j’ai déposé plainte. En 2020, je me suis constituée partie civile. Je croyais encore que la justice serait un recours. Depuis, je n’ai plus jamais eu la moindre nouvelle. Aucun courrier, aucune information, aucun calendrier. Le vide. Pendant ce temps, ma carrière a été méthodiquement détruite. J’ai été isolée, placée dans des situations intenables, puis progressivement écartée. Les arrêts maladie se sont succédé, mes droits se sont épuisés. Plusieurs années plus tard, l’administration menace de me radier d’office pour abandon de poste. Plus d'avocat. Ma famille s'est disloquée.
Aujourd’hui, je vis avec les minima sociaux. Je suis en fin de droits, sans statut, sans reconnaissance, sans perspective professionnelle. Tout ce que j’avais construit a disparu. Ce qui me reste, c’est un sentiment d’injustice abyssal et une fatigue extrême. Depuis au moins trois ans, plus aucun syndicat ne me répond. Plus aucun représentant de la justice. Plus aucun service de l’administration. Je suis devenue invisible.
Je sais que je suis parfois agressive, y compris avec les représentants de l’association qui tentent encore de m’aider. Je n’en suis pas fière. Mais comment rester mesurée quand on a été broyée pendant huit ans par une institution censée protéger ? Quand le silence est devenu la seule réponse ? »
Analyse par l’association HELPEN
Ce témoignage illustre bien une réalité structurelle que HELPEN observe de manière récurrente, en particulier dans certaines académies prestigieuses où l’image institutionnelle prime sur la protection des personnes. L’adhérente n’a pas été sanctionnée pour des faits avérés, mais pour avoir rompu une loi implicite : celle du silence. En dénonçant des détournements de fonds publics, elle a mis en danger un équilibre local que l’institution a jugé prioritaire de préserver.
HELPEN constate que, dans ces configurations, le harcèlement devient collectif et systémique. Les collègues, les représentants syndicaux et l’administration, chacun à leur niveau, contribuent à l’isolement progressif de la personne désignée comme perturbatrice. La plainte pénale, loin de constituer une protection immédiate, agit souvent comme un révélateur cruel de l’impuissance de l’individu face à la lenteur judiciaire. Le silence prolongé de la justice participe à l’épuisement et à la désagrégation sociale et économique de la victime.
La radiation administrative, prononcée après des années d’errance et de précarisation, illustre une violence institutionnelle ultime : faire disparaître administrativement une personne déjà détruite professionnellement. HELPEN souligne que l’agressivité développée par l’adhérente n’est pas un dysfonctionnement individuel, mais le symptôme d’un abandon total. Lorsque toutes les voies de recours sont closes, la colère devient parfois le dernier langage disponible.
Cette situation révèle une limite fondamentale de la défense des cas individuels. Aucune association, aussi engagée soit-elle, ne peut durablement compenser l’effondrement simultané des protections syndicales, administratives et judiciaires. C’est pourquoi HELPEN défend une approche résolument politique et collective : sans obligation de réponse des institutions, sans protection effective des lanceuses et lanceurs d’alerte, sans responsabilité réelle des collectifs de travail, les parcours individuels continueront d’être sacrifiés au nom de la paix apparente des organisations.
Éléments de réponses institutionnelles opposées à notre adhérente :
« L’administration n’a relevé aucun dysfonctionnement caractérisé dans le fonctionnement du service. »
« Les difficultés rencontrées par l’agente relèvent d’un conflit interpersonnel ne justifiant pas une intervention particulière. »
« L’état de santé de l’intéressée ne permet pas d’établir un lien direct et certain avec l’exercice de ses fonctions. »
« La radiation est intervenue dans le strict respect des textes en vigueur et ne saurait être imputée à l’administration. »

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