HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE
Quand alerter rend malade - Produits toxiques, amiante et harcèlement institutionnel dans l’Éducation nationale
Depuis plusieurs mois, l’association Helpen recueille et analyse des centaines de témoignages d’agents de l’Éducation nationale confrontés à des situations de harcèlement moral institutionnel. Ces situations ne relèvent pas de dysfonctionnements isolés. Elles dessinent un mode de gestion du risque fondé sur le déni, la disqualification de la parole professionnelle et, trop souvent, l’élimination symbolique ou réelle des agents qui alertent.
Helpen
1/17/20264 min read


La santé comme ligne de fracture institutionnelle
Depuis plusieurs mois, l’association Helpen recueille et analyse des centaines de témoignages d’agents de l’Éducation nationale confrontés à des situations de harcèlement moral institutionnel. Les statistiques Helpen 2025 confirment une réalité désormais impossible à ignorer : lorsque les personnels alertent sur des risques sanitaires graves – exposition à des produits toxiques, présence d’amiante, conditions de travail non conformes – ils ne sont pas protégés. Ils sont, au contraire, exposés à une violence administrative spécifique, systémique, durable.
Ces situations ne relèvent pas de dysfonctionnements isolés. Elles dessinent un mode de gestion du risque fondé sur le déni, la disqualification de la parole professionnelle et, trop souvent, l’élimination symbolique ou réelle des agents qui alertent.
I. Quand l’alerte sanitaire devient une faute
Les risques liés aux produits toxiques (produits d’entretien, solvants, désinfectants, émanations chimiques) et à l’amiante constituent un angle mort majeur de la prévention des risques professionnels dans l’Éducation nationale. Pourtant, le cadre juridique est clair :
obligation de prévention,
évaluation des risques via le DUER,
information et protection des agents,
protection fonctionnelle des lanceurs d’alerte.
Dans les faits, les témoignages recueillis par Helpen montrent un renversement préoccupant : alerter devient un acte à haut risque.
Les chiffres sont éloquents :
93 % des situations de harcèlement signalées impliquent la hiérarchie,
77 % des agents subissent des représailles après un signalement,
78 % n’obtiennent aucune protection fonctionnelle,
76 % des enquêtes administratives n’aboutissent jamais.
L’alerte sanitaire est alors traitée non comme un signal de prévention, mais comme une menace pour l’institution.
II. Produits toxiques : des maladies invisibilisées
De nombreux témoignages font état d’expositions répétées à des produits d’entretien ou substances chimiques dans les établissements scolaires :
absence d’information sur les produits utilisés,
défaut d’équipements de protection,
ventilation insuffisante,
banalisation des symptômes.
Dans plusieurs cas, des agents développent des pathologies lourdes : troubles respiratoires, crises d’hémoptysie, atteintes chroniques.
L’un d’eux rapporte : « Mon pneumologue m’a dit : Ils vont vous tuer. Ce jour-là, j’ai compris que continuer à travailler était devenu mortel. »
La réponse institutionnelle est récurrente :
congé longue maladie sans accompagnement,
absence d’aménagement durable de poste,
mise à l’écart professionnelle,
non-reconnaissance du lien avec le travail.
Ce schéma produit une double peine : la maladie et la disparition professionnelle.
III. Amiante : un scandale ancien, toujours actif
Les enquêtes journalistiques récentes (VousNousIls, Actu.fr, décembre 2025) font écho à ce que Helpen documente depuis longtemps : la présence persistante d’amiante dans de nombreux établissements scolaires, parfois connue de longue date, mais insuffisamment traitée.
Les témoignages d’adhérents révèlent :
des diagnostics incomplets ou obsolètes,
une information partielle des personnels,
des travaux réalisés sans mesures de protection,
des alertes minimisées ou disqualifiées.
Là encore, les agents qui s’inquiètent pour leur santé et celle des élèves deviennent des problèmes à gérer.
IV. De l’alerte collective à la désignation d’ennemis internes
Un cas emblématique illustre ce mécanisme : celui d’un établissement où, après un événement déclencheur, des enseignants découvrent un empilement de risques sanitaires ignorés ou dissimulés.
Un collectif hygiène et sécurité se constitue. Les autorités sont informées.
À partir de là, le climat se dégrade :
hostilité hiérarchique,
pressions,
mise à l’écart,
disqualification systématique de la parole.
« Nous sommes devenus les bêtes noires de notre propre administration, non parce que nous avions tort, mais parce que nous avions parlé. »
Cette logique de désignation d’ennemis internes est au cœur du harcèlement institutionnel.
V. La mort comme horizon impensé
Parmi les lanceurs d’alerte accompagnés par Helpen, certains sont décédés de cancers ou de maladies longues. Le décès d’André Hernandez, enseignant et lanceur d’alerte, le 16 décembre 2025, à 63 ans, constitue un symbole tragique.
Il savait. Il avait alerté. Il n’a pas été protégé.
« Il a été usé lentement, jusqu’à l’épuisement. »
D’autres agents vivent aujourd’hui avec des pathologies irréversibles. Ces trajectoires ne sont pas des fatalités individuelles : elles sont les conséquences d’un système.
VI. Pourquoi l’agent isolé ne peut pas gagner
Les témoignages convergent : l’agent seul est structurellement impuissant face à une administration qui :
contrôle les carrières,
maîtrise les procédures,
temporise jusqu’à l’épuisement,
retourne l’alerte contre son auteur.
C’est pourquoi Helpen affirme que l’intervention individuelle est vouée à l’échec dans ces contextes.
Seule une démarche collective, documentée et visible permet :
de rompre l’isolement,
de rééquilibrer le rapport de force,
de protéger la parole,
de transformer des souffrances individuelles en enjeu public.
Conclusion – Une responsabilité publique majeure
La santé des agents n’est pas négociable. La prévention des risques professionnels est une obligation légale. La protection des lanceurs d’alerte est un pilier démocratique.
Lorsque l’institution choisit le silence, l’inaction ou la répression, sa responsabilité est engagée – juridiquement, administrativement, moralement.
« La maladie n’est pas une fatalité. Elle est la conséquence d’un système qui préfère protéger ses défaillances plutôt que celles et ceux qui travaillent. »
Helpen continuera de recueillir, documenter et porter ces paroles, non par esprit de dénonciation, mais par exigence de justice, de santé et de dignité au travail.
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