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Protection fonctionnelle : l’État qui protège… sans protéger
Dans le droit public français, la protection fonctionnelle est présentée comme un pilier de la protection des agents. Inscrite dans le statut général de la fonction publique, elle traduit une obligation claire : lorsque des agents sont mis en cause, menacés, diffamés ou victimes d’atteintes dans l’exercice de leurs fonctions, l’État doit les protéger.
Helpen
1/12/20264 min read


Dans le droit public français, la protection fonctionnelle est présentée comme un pilier de la protection des agents. Inscrite dans le statut général de la fonction publique, elle traduit une obligation claire : lorsque des agents sont mis en cause, menacés, diffamés ou victimes d’atteintes dans l’exercice de leurs fonctions, l’État doit les protéger.
Sur le papier, le principe est net. Dans les faits, il est devenu pour beaucoup d’agents une source supplémentaire de souffrance, de désillusion et parfois d’effondrement.
Les retours concordants de nombreux adhérents d’associations de défense des agents publics dessinent aujourd’hui un tableau préoccupant : la protection fonctionnelle, telle qu’elle est appliquée, fonctionne de manière fragmentée, tardive, restrictive et profondément paradoxale.
Une protection obtenue trop tard, au prix de l’épuisement
Dans de très nombreuses situations, les agents ne bénéficient pas de la protection fonctionnelle au moment où elle serait la plus utile : lorsque les faits surviennent, lorsque les pressions s’exercent, lorsque l’isolement commence.
Au contraire, beaucoup rapportent un parcours long de deux, trois, parfois quatre années de combat solitaire, marqué par :
des refus implicites ou explicites,
des silences administratifs prolongés,
des réponses laconiques,
l’obligation de saisir le tribunal administratif pour faire reconnaître un droit pourtant statutaire.
Ce n’est qu’au terme de ce parcours judiciaire, souvent après une dégradation sévère de leur santé, que la protection fonctionnelle est parfois accordée.
Mais loin de constituer une réparation, cette reconnaissance tardive aggrave fréquemment la situation de l’agent.
Une protection qui expose davantage qu’elle ne protège
De nombreux agents décrivent un phénomène récurrent : une fois la protection fonctionnelle reconnue par décision de justice, les tensions s’exacerbent. Les agents mis en cause deviennent plus agressifs. L’environnement professionnel se referme.
L’administration, loin de jouer un rôle de régulation et d’apaisement, adopte une posture d’inertie rigide, voire de défensive institutionnelle.
Certains parlent alors d’acharnement administratif : multiplication des procédures, rigidité extrême dans la gestion, absence de médiation réelle, refus persistant de reconnaître les dysfonctionnements internes.
La protection existe juridiquement, mais elle reste désincarnée, sans traduction concrète dans l’organisation du travail ni dans la protection quotidienne de l’agent.
Une administration en position contradictoire
Ce que révèle cette situation, c’est une contradiction profonde dans la posture de l’administration.
En accordant la protection fonctionnelle, l’État reconnaît implicitement que :
les faits sont sérieux,
l’agent a été exposé du fait de ses fonctions,
l’institution a une responsabilité dans la prévention et la gestion de ces atteintes.
Mais dans le même temps, l’administration refuse d’en tirer toutes les conséquences, notamment lorsque cette reconnaissance met en lumière ses propres carences : absence de prévention, défaut de réaction, insuffisance de protection initiale.
Cette situation crée une forme de schizophrénie institutionnelle :l’État protège juridiquement, mais se protège lui-même administrativement, parfois au détriment de l’agent qu’il est censé défendre.
Des procédures pénales qui s’enlisent
À cette inertie administrative s’ajoute celle de la chaîne pénale.
Les plaintes déposées par les agents traînent, se fragmentent, changent de qualification, sont classées sans suite ou restent sans réponse pendant des mois, voire des années.
Pendant ce temps, les agents continuent de travailler... ou tentent de le faire, parfois y sont contraints sous la menace, la stigmatisation ou l’exclusion informelle.
Beaucoup décrivent une mort sociale progressive : perte de crédibilité professionnelle, rupture des liens, isolement, appauvrissement matériel, atteintes graves à la santé mentale et physique. Certains n’en sortent pas.
« L’État a l’obligation de protéger ses agents »
Comme le rappelle régulièrement une avocate spécialisée en droit public, interrogée dans le cadre de dossiers de protection fonctionnelle : « La protection fonctionnelle n’est ni une faveur ni une option. C’est une obligation statutaire de l’État.
Lorsqu’elle n’est pas accordée ou qu’elle l’est de manière incomplète, tardive ou purement formelle, c’est l’État qui manque à ses propres engagements. » Cette obligation ne se limite pas au remboursement de frais d’avocat ou à une reconnaissance juridique minimale.
Elle implique une protection effective, concrète, proactive, incluant la prévention, l’intervention rapide, la sécurisation des agents et la régulation des conflits.
Un coût humain et institutionnel colossal
Les conséquences de ces défaillances sont lourdes :
arrêts maladie prolongés,
inaptitudes,
désengagement professionnel,
perte de compétences,
rupture du collectif de travail.
Mais elles dépassent largement les trajectoires individuelles.
Un service public qui laisse ses agents s’épuiser, se battre seuls contre leur propre institution, s’effrite de l’intérieur. La souffrance au travail non traitée n’est pas seulement une question sociale ou morale.
Elle est un enjeu de continuité de l’État, de qualité du service rendu, de confiance collective dans les institutions.
Le sentiment d’abandon de l’État
Ce que beaucoup d’agents expriment, au-delà de la colère ou de la fatigue, c’est un sentiment profond d’abandon. Abandon par leur hiérarchie. Abandon par l’administration. Abandon par l’État employeur.
Ce sentiment est particulièrement destructeur, car il touche au cœur du pacte républicain : servir l’État suppose que l’État protège en retour.
Lorsque cette promesse n’est plus tenue, ce ne sont pas seulement des agents qui vacillent, mais la solidité même de l’institution.

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