HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE

Détournement de signalements, inertie et harcèlement : l’institution protège-t-elle ses personnels ?

Inertie institutionnelle et manque de transparence, défaut de protection des agents, harcèlement moral et institutionnel dans l'Académie de Paris et Académie de Créteil, selon de nombreux articles de presse cette semaine.

Helpen

4/15/20264 min read

Quand l’alerte ne protège pas : une faille persistante dans la gestion des risques au sein de l’Éducation nationale

Plusieurs situations rapportées dans les médias, dans différentes académies, mettent en lumière une difficulté persistante : le passage de l’alerte à la protection effective des personnels.

Au Collège Georges Politzer, à La Courneuve, une enseignante est menacée de mort depuis des mois. Malgré des signalements répétés et des plaintes, la réponse institutionnelle a tardé à se structurer pleinement.

À l’École Boulle, à Paris, des organisations syndicales ont récemment dénoncé une situation qu’elles jugent préoccupante, appelant à des mesures conservatoires, à plus de transparence dans les enquêtes administratives et à une vigilance accrue face aux risques de représailles.

A Stains, après plus de dix ans de signalements de violences sexistes, sexuelles et racistes, les personnels du lycée Maurice Utrillo dénoncent une enquête administrative qui, selon eux, cible désormais les lanceurs d’alerte plutôt que les faits eux-mêmes.

Ces situations, bien que différentes dans leurs contextes, présentent un point commun : des faits graves, des alertes formelles, mais une traduction tardive ou incomplète en mesures de protection.

Ce constat ne se limite pas à ces cas, vus dans la presse depuis trois jours, loin de là.

  • Dans une académie francilienne, un enseignant ayant signalé des faits répétés de harcèlement de la part d’un supérieur hiérarchique et des menaces de mort non traitées contre deux enseignants a vu sa situation s’enliser pendant plusieurs années, faute de mesures conservatoires, avant d’être placée en arrêt maladie prolongé.

  • Dans un lycée du Sud-Est, des menaces d’élèves envers un professeur ont été initialement qualifiées de “conflit isolé”, retardant la mise en place de protections adaptées, jusqu’à une escalade nécessitant l’intervention des forces de l’ordre.

  • Dans un établissement du nord, des contradictions surprenantes d'une proviseure dans ses rapports au rectorat, toujours au détriment des victimes. Preuves écrites à l'appui, un agent obtient la protection fonctionnelle, mais les agissements se poursuivent depuis quatre ans, dans un retournement de culpabilité incompréhensible.

  • Dans une école primaire d’une grande métropole, plusieurs signalements de souffrance au travail consignés dans le registre santé et sécurité sont restés sans réponse formelle pendant une année scolaire complète. Puis un agent s'est suicidé, laissant une épouse et trois enfants.

  • Dans un établissement rural, un agent ayant alerté sur des dysfonctionnements graves s’est retrouvé progressivement isolé au sein de son équipe, sans accompagnement institutionnel identifié.

  • Enfin, dans une autre académie francilienne, des représentants du personnel ont signalé un décalage récurrent entre les remontées de terrain et leur prise en compte effective, en particulier lorsque les situations impliquent des niveaux hiérarchiques intermédiaires. Le RSST était annoté par le harceleur, supérieur hiérarchique visé par ces agissements, et calomniait certains agents pour qu'ils soient sanctionnés.

  • dans une grande cité scolaire du centre de la France, deux suicides en quelques heures, et aucune communication sur la situation. Dans une grande école francilienne, quatre suicides en quelques semaines. Dans une académie du nord-ouest, neuf suicides d'agents en quelques mois, sans aucune communication suite à des enquêtes hypothétiques dont les conclusions restent à ce jour inconnues.

Ces exemples, qu’ils soient documentés dans les médias ou issus de situations fréquemment rapportées par les acteurs de terrain mais trop souvent mis sous silence, convergent vers une même interrogation : que vaut un dispositif d’alerte s’il ne garantit pas, dans des délais adaptés, la protection de celles et ceux qui l’utilisent ?

L’enjeu n’est pas l’absence d’outils. Registres santé et sécurité, procédures administratives, accompagnement syndical existent. Mais leur efficacité repose sur leur activation rapide et sur la capacité de l’institution à agir, y compris lorsque les situations interrogent son propre fonctionnement.

À défaut, un risque s’installe : celui d’un décalage croissant entre la parole des agents et la réponse qui leur est apportée. Ce décalage peut conduire à une perte de confiance, voire à une autocensure des signalements.

Selon le Café pédagogique, "« Il y a une pression liée au judiciaire », expliquent des enseignants, qui disent se sentir pris dans un étau entre leur obligation de signalement et le stress. Ils évoquent un climat de plus en plus pesant, « une chape de plomb », « un climat de suspicion », « une peur de venir travailler ». « Quand on parle, on s’expose », résume un enseignant. « On a peur des pressions, voire de menaces. » L’enseignant mis en cause aurait déposé plainte pour diffamation, harcèlement et menaces, visant certains collègues. Cette judiciarisation accentue les tensions."

Renforcer la crédibilité des dispositifs d’alerte suppose donc de garantir trois principes simples : la réactivité, la protection des lanceurs d’alerte, et la transparence dans le traitement des situations. À travers ces cas, c’est moins une succession de dysfonctionnements isolés qu’une question structurelle qui apparaît : celle de la capacité de l’institution à transformer une alerte en action protectrice.

C’est à cette condition que les dispositifs existants pourront pleinement jouer leur rôle.

Pour Helpen, trois exigences s’imposent :

  • agir immédiatement face aux menaces graves

  • protéger effectivement les personnels qui signalent

  • garantir une transparence totale dans le traitement des alertes.

Le silence et l’inaction ne peuvent plus être une réponse. Soutenez notre action bénévole.