HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE

CITIS - Imputabilité au service : quand le déni institutionnel devient un risque systémique

En théorie, le principe est clair : lorsqu’un agent subit une altération de sa santé en lien direct avec ses conditions de travail, cette situation doit être reconnue.

Helpen

3/30/20263 min read

Dans la fonction publique, et en particulier dans l’Éducation nationale, la question de l’imputabilité au service des congés maladie constitue un enjeu central, à la fois humain, juridique et financier. En théorie, le principe est clair : lorsqu’un agent subit une altération de sa santé en lien direct avec ses conditions de travail, cette situation doit être reconnue.

Cette reconnaissance permet non seulement une prise en charge adaptée, mais engage également la responsabilité de l’employeur public et contribue à la prévention de situations similaires. Pourtant, sur le terrain, ce cadre protecteur se heurte à des réalités beaucoup plus complexes.

Un mécanisme essentiel… trop souvent contourné

De nombreux agents que nous accompagnons décrivent un parcours administratif particulièrement éprouvant, marqué par des difficultés à faire reconnaître le lien entre leur état de santé et leur activité professionnelle. Les décisions peuvent intervenir tardivement, être insuffisamment motivées ou ne pas tenir compte de l’ensemble des éléments transmis. Dans certains cas, les agents ont le sentiment d’un renversement de la charge de la preuve, devant démontrer de manière quasi impossible ce qui relève pourtant d’obligations de l’employeur.

`Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient fréquemment dans des contextes où des faits de harcèlement moral ou de dégradation des conditions de travail ont été signalés en amont. Le décalage entre le droit et sa mise en œuvre nourrit alors une perte de confiance profonde envers l’institution.

Des dysfonctionnements graves signalés

Au-delà de ces difficultés structurelles, plusieurs adhérents de notre association ont récemment fait état de situations particulièrement préoccupantes, actuellement en cours d’analyse dans plusieurs académies. Ces signalements mettent en évidence des incohérences dans certains documents administratifs, des éléments factuels contestés ou incomplets, ainsi que, dans certains cas, des pratiques susceptibles de relever de la production ou de l’usage de documents inexacts.

Lorsqu’ils sont établis, de tels faits ne relèvent plus de simples dysfonctionnements administratifs mais posent des questions graves quant au respect des procédures et à la protection des agents. Par souci de responsabilité et de rigueur, ces situations font l’objet d’un travail de vérification approfondi et seront, le cas échéant, portées devant les instances compétentes.

Un coût humain… et un coût pour l’État

Refuser ou retarder la reconnaissance de l’imputabilité au service ne fait pas disparaître les situations en cause ; au contraire, cela contribue à leur aggravation. Les agents concernés voient leur état de santé se dégrader, leurs arrêts maladie se prolonger, et leur isolement s’accentuer.

À cela s’ajoutent des conséquences collectives importantes : désorganisation des équipes, surcharge pour les collègues, multiplication des contentieux et, in fine, un coût financier accru pour l’État. Le paradoxe est manifeste : ce qui n’est pas reconnu aujourd’hui génère des coûts humains et économiques bien plus importants à moyen et long terme.

Sortir du déni

L’imputabilité au service ne doit pas être appréhendée comme une contrainte administrative ou un risque budgétaire, mais comme un outil essentiel de justice et de prévention. Refuser de reconnaître une situation revient à prolonger la souffrance des agents, à invisibiliser les causes profondes des dysfonctionnements et à empêcher toute amélioration durable des conditions de travail. Le silence ou le déni institutionnel ne protègent pas l’institution ; ils fragilisent au contraire sa crédibilité et sa capacité à remplir ses missions.

Agir plutôt que nier

HELPEN appelle à une transparence accrue des procédures, à un traitement impartial des dossiers, à une traçabilité complète des décisions et à une vigilance renforcée concernant les pratiques administratives. Derrière chaque dossier se trouve une personne, et derrière chaque refus injustifié, une responsabilité. Reconnaître les situations d’imputabilité au service ne fragilise pas l’institution : c’est au contraire une condition nécessaire pour la renforcer, restaurer la confiance et prévenir de nouveaux drames.