HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE
« Tout le monde savait, mais tout le monde s’est tu »
Une phrase récurrente dans les témoignages de victimes de harcèlement moral dans l'Education nationale ou de leurs proches, révélatrice d’un silence collectif qui permet à la violence de durer. "On veut passer à la suite", "ce n'est pas nos affaires", "fais attention, tu as plus à perdre qu'à gagner"... autant de formules qui montrent la gravité de la situation et l'ampleur de la tâche. Le silence est une faute, morale, et peut-être pénale.
Helpen
1/19/20264 min read


Harcèlement moral dans l'Education nationale : analyser les mécanismes pour comprendre, au-delà des drames
Les suicides récents de lycéens et lycéennes, survenu après des faits de harcèlement scolaire signalés par les familles, ont conduit à l’ouverture de plusieurs enquêtes judiciaires et administratives. Au-delà de l’émotion légitime suscitée par ces drames, les éléments rendus publics invitent à une analyse plus large et plus distanciée des mécanismes qui permettent au harcèlement de s’installer, de durer, et parfois de produire des conséquences irréversibles.
Il ne s’agit ni de désigner des responsabilités individuelles, ni d’exploiter un événement tragique, mais de comprendre comment certains fonctionnements, bien connus des sciences sociales et de la psychologie du travail, peuvent se retrouver dans des contextes différents, notamment scolaires.
1. Le harcèlement comme processus collectif
Le harcèlement est rarement le fait d’un individu isolé. Les recherches montrent qu’il s’inscrit le plus souvent dans un processus collectif, impliquant plusieurs acteurs aux rôles différenciés : auteurs principaux, soutiens passifs, témoins silencieux, et parfois institutions défaillantes. Dans le cadre scolaire, cette dynamique se manifeste lorsque quelques élèves (ou agents) ciblent une victime, tandis que le groupe classe (ou le groupe salle des profs), par crainte, conformisme ou indifférence, laisse faire.
Ce phénomène n’est pas propre à l’adolescence (ni aux adultes qui sont censés montrer l'exemple). Il repose sur des mécanismes sociaux universels : la peur de l’exclusion, la normalisation progressive de comportements violents, et la dilution de la responsabilité individuelle dans le groupe.
2. Le rôle central du silence et de l’inaction
L’un des leviers essentiels du harcèlement est le silence. Silence des témoins, mais aussi silence institutionnel lorsque les alertes ne produisent pas d’effets visibles ou durables. L’inaction, même involontaire, peut être interprétée comme une forme de validation implicite des faits.
Dans de nombreux contextes, scolaires, professionnels ou administratifs, le harcèlement prospère lorsque les signalements sont traités de manière fragmentée, tardive ou considérés comme résolus sans suivi effectif. Ce décalage entre procédures existantes et mise en œuvre réelle est un facteur aggravant bien identifié.
3. La minimisation et le renversement de la responsabilité
Un autre mécanisme récurrent est celui de la minimisation des faits, souvent associée à un renversement de la responsabilité. La situation est alors présentée comme un simple conflit, une incompréhension mutuelle ou une difficulté relationnelle partagée. La victime peut être renvoyée, explicitement ou implicitement, à sa « part de responsabilité ».
Ce type de réponse, généralement motivé par la volonté d’apaiser rapidement une situation perçue comme sensible, peut avoir des effets délétères. Elle fragilise la parole de la victime, renforce son isolement et décourage de nouveaux signalements.
4. Les limites des dispositifs formels
L’Éducation nationale, comme d’autres institutions, s’est dotée de protocoles et de dispositifs de prévention et de traitement du harcèlement. Leur existence est indispensable, mais elle ne garantit pas, à elle seule, leur efficacité. Lorsqu’ils ne sont pas pleinement activés, connus ou incarnés par des acteurs clairement identifiés, ces dispositifs peuvent perdre leur fonction protectrice.
L’écart entre le cadre théorique et la réalité du terrain constitue un point de vigilance majeur. Il interroge la formation des personnels, la circulation de l’information et la capacité collective à agir de manière coordonnée.
5. Une responsabilité partagée et systémique
L’analyse des mécanismes du harcèlement conduit à dépasser une lecture strictement individuelle. Sans nier la responsabilité des auteurs directs, elle met en évidence une responsabilité systémique, où chaque niveau, individus, groupe, encadrement, institution, joue un rôle, par action ou par omission.
Comprendre ces mécanismes ne revient pas à relativiser les faits, mais au contraire à se donner les moyens de les prévenir. Cela suppose de reconnaître que la lutte contre le harcèlement ne peut être efficace que si elle s’inscrit dans une culture de vigilance, d’écoute et de responsabilité collective.
6. Le silence coupable de l'entourage et des témoins
Le mécanisme central, souvent plus difficile à nommer, est celui du silence de l’entourage. Il se retrouve aussi bien dans les affaires de harcèlement scolaire que dans d’autres drames, comme celui survenu dans le village de Moussages avec le suicide de Caroline Grandjean. Dans ces situations, les faits ne se déroulent pas dans l’ombre : des proches, des collègues, des camarades, parfois des responsables, voient, entendent ou pressentent ce qui se joue. Pourtant, la plupart se taisent.
Ce silence est rarement motivé par l’ignorance ; il relève plus souvent de la peur des conséquences, du souci de préserver l’équilibre du groupe, du village, ou du choix de ne pas « se mêler de ce qui ne nous regarde pas ». Or, dans la majorité des situations de harcèlement signalées à l’association, ce silence constitue un facteur déterminant de l’isolement de la victime. Lorsqu’aucune parole ne vient rompre l’injustice, l’abandon devient total. Cette passivité, même si elle ne repose pas sur une intention de nuire, ne peut être considérée comme neutre. Elle participe au maintien du harcèlement et, à ce titre, s’apparente à une complicité coupable, non par action, mais par renoncement à agir.
Conclusion
Ces drames, de plus en plus nombreux, rappellent que le harcèlement n’est jamais un phénomène anodin. L’émotion qu’il suscite doit pouvoir se transformer en réflexion de fond, rigoureuse et apaisée. Analyser les mécanismes à l’œuvre, sans accusation ni instrumentalisation, est une condition nécessaire pour renforcer les pratiques de prévention et de protection, et pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.
Toutes nos pensées aux familles des milliers de victimes de harcèlement scolaire ou moral dans l'Education nationale.
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