HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE

Questions écrites au Ministre - Du silence au Journal Officiel : pourquoi la France a besoin d’un Livre noir et d’une commission d’enquête parlementaire sur la souffrance des personnels de l’Éducation nationale

Personnels de l'éducation nationale confrontés à des situations de harcèlement Deux députés en deux mois attirent l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la protection des personnels de l'éducation nationale confrontés à des situations de harcèlement entre personnels ou de dysfonctionnements administratifs. De nombreux agents de l'éducation nationale témoignent aujourd'hui de situations de souffrances au travail, parfois consécutives au signalement de situations dysfonctionnelles.

Guillaume DELABY - Helpen

7/8/20265 min read

Pendant longtemps, les témoignages que nous recevions semblaient n’être que des histoires individuelles.

Un enseignant épuisé. Une secrétaire administrative isolée. Un personnel de direction en arrêt maladie. Une AESH abandonnée à elle-même. Un cadre placé dans une situation inextricable. Une protection fonctionnelle refusée. Une alerte restée sans réponse.

Puis les témoignages se sont multipliés. Des dizaines. Des centaines. Puis des milliers.

Aujourd’hui, après deux années d’un travail quotidien de collecte, d’écoute, d’analyse et de documentation, l’association HELPEN est arrivée à une conclusion simple : nous ne sommes plus face à une succession de situations individuelles. Nous sommes face à un phénomène systémique.

Et la publication, le 7 juillet 2026, de la question écrite n°16685 au Journal Officiel de la République française constitue une étape majeure dans cette prise de conscience.

Pour la première fois, des parlementaires reprennent explicitement les constats que nous documentons depuis des mois et interrogent directement le ministre de l’Éducation nationale sur les mécanismes de protection des personnels confrontés à des situations de harcèlement moral et de dysfonctionnements administratifs.

Ces questions ne règlent rien. Mais elles marquent l’entrée officielle du sujet dans le débat parlementaire.

Et elles confirment plus que jamais la nécessité d’un Livre noir de l’Éducation nationale et d’une commission d’enquête parlementaire.

Deux années d’écoute et de documentation

Lorsque HELPEN a été créée, notre objectif était simple : rompre l’isolement des victimes. Très rapidement, nous avons découvert une réalité beaucoup plus vaste que ce que nous imaginions.

Les dossiers se sont accumulés. Partout en France. Dans toutes les académies. Dans tous les corps de métiers. Des enseignants du premier degré. Des professeurs du second degré. Des personnels administratifs. Des personnels de direction. Des AESH. Des cadres. Des contractuels. Des titulaires.

Et, derrière la diversité des situations, les mêmes mécanismes revenaient sans cesse :

  • signalements sans réponse ;

  • absence de suivi ;

  • dilution des responsabilités ;

  • lenteurs administratives ;

  • refus de protection ;

  • sentiment d’abandon ;

  • perte de confiance envers l’institution.

Peu à peu, une évidence s’est imposée : les situations étaient différentes, mais les dysfonctionnements étaient souvent les mêmes.

Le problème n’est pas seulement le harcèlement

La question fondamentale n’est pas uniquement celle du harcèlement moral. Le véritable sujet est souvent ce qui se passe après. Ou plutôt ce qui ne se passe pas.

Car les agents nous décrivent fréquemment :

  • des alertes qui disparaissent ;

  • des demandes qui restent sans réponse ;

  • des procédures incompréhensibles ;

  • des recours qui s’étendent sur plusieurs années ;

  • des interlocuteurs qui changent sans cesse ;

  • des décisions impossibles à comprendre.

Le sentiment le plus souvent exprimé n’est pas seulement la souffrance.

C’est l’impression d’être devenu invisible. C’est précisément cette réalité que le député Maxime Michelet a choisi d’interroger dans sa question écrite.

Et c’est ce qui rend cette initiative particulièrement importante.

Une question écrite qui change la donne

Les deux questions publiées au Journal Officiel ne se contentent pas d’évoquer des cas individuels.

Elles mettent en lumière plusieurs éléments essentiels :

  • l’existence de situations récurrentes de souffrance au travail ;

  • l’absence de traitement rapide et transparent des alertes ;

  • les conséquences humaines pour les agents ;

  • les conséquences institutionnelles pour les établissements ;

  • la nécessité de mesurer l’ampleur réelle du phénomène.

Surtout, elles établissent un lien fondamental que HELPEN défend depuis sa création :

Comment prétendre lutter efficacement contre le harcèlement des élèves si l’institution n’est pas capable de protéger ses propres personnels ?

Cette question est centrale. Car le climat scolaire ne repose pas uniquement sur les élèves. Il repose également sur la santé, la stabilité et la sérénité des équipes éducatives. Une école qui laisse souffrir ses personnels fragilise sa propre mission.

Pourquoi un Livre noir ?

Depuis deux ans, HELPEN accumule des données, des témoignages, des décisions administratives, des jugements, des expertises médicales et des récits de terrain.

Nous avons aujourd’hui la conviction qu’il est devenu indispensable de rassembler ces éléments dans un document de référence.

Un Livre noir. Non pour désigner des coupables. Non pour stigmatiser une administration. Mais pour documenter une réalité que plus personne ne peut ignorer.

Parce qu’il n’existe aujourd’hui aucune photographie nationale du phénomène. Parce que les données sont dispersées. Parce que les situations restent cloisonnées dans les académies. Parce que les victimes demeurent souvent invisibles. Parce que les décideurs eux-mêmes ne disposent pas d’une vision globale.

Le Livre noir doit permettre de mettre des chiffres, des visages et des parcours sur une réalité qui reste largement sous-estimée.

Pourquoi une commission d’enquête parlementaire ?

Parce que nous avons atteint les limites du traitement individuel. Chaque dossier est important. Chaque victime mérite d’être entendue.

Mais aucune procédure individuelle ne permet de comprendre le fonctionnement global du système. Une commission d’enquête parlementaire permettrait :

  • d’entendre les victimes ;

  • d’auditionner les administrations ;

  • d’interroger les rectorats ;

  • d’entendre les syndicats ;

  • d’auditionner les chercheurs ;

  • d’examiner les procédures ;

  • d’évaluer les dispositifs existants ;

  • d’identifier les blocages.

Surtout, elle permettrait d’objectiver un débat qui reste trop souvent réduit à des oppositions individuelles. Le Parlement est aujourd’hui le seul espace capable d’apporter cette vision d’ensemble.

Une question démocratique

Au-delà des situations personnelles, ce sujet concerne directement le fonctionnement de notre démocratie.

Car lorsqu’un agent ne croit plus à son administration. Lorsqu’il ne croit plus aux procédures. Lorsqu’il ne croit plus aux mécanismes de protection. C’est la confiance dans l’État lui-même qui se fragilise.

Or l’Éducation nationale est le plus grand ministère de France. Elle forme les citoyens de demain. Elle ne peut durablement remplir cette mission si ceux qui la font vivre se sentent abandonnés.

Le temps du silence s’achève

Pendant longtemps, les témoignages sont restés dispersés. Pendant longtemps, les victimes ont parlé seules. Pendant longtemps, les alertes sont restées confinées dans des bureaux, des procédures et des contentieux.

La publication de ces deux questions écrites montre que le sujet est désormais entré dans le débat parlementaire. C’est une première étape. Mais ce n’est qu’une étape. Le temps est venu de regarder la réalité en face. Le temps est venu d’établir un Livre noir. Le temps est venu d’ouvrir une commission d’enquête parlementaire.

Le temps est venu de redonner une voix à ceux qui, depuis trop longtemps, ont le sentiment de ne plus être entendus. L’École de la République mérite mieux.

Ses personnels aussi.

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