HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE
Quand l’absence de financement contribue au silence
HELPEN ne demande pas à être favorisée. Elle demande que l’on regarde ce que produit l’absence de soutien à ceux qui font remonter la souffrance au travail.
Helpen
8/18/20263 min read


Depuis deux ans, HELPEN recueille et analyse des témoignages d’agents de l’Éducation nationale confrontés au harcèlement moral, à la souffrance au travail et aux risques psychosociaux.
Notre association s’est développée essentiellement grâce à ses adhérents, ses bénévoles et ses donateurs. Elle a pourtant sollicité des financements publics.
Sans succès.
Deux demandes auprès de la DASCO, deux échecs
La première année, HELPEN a déposé une demande de subvention auprès de la Direction des affaires scolaires de la Ville de Paris (DASCO).
Cette demande n’a finalement pas été instruite : elle avait été perdue. Nous avons recommencé l’année suivante.
Cette fois, la réponse nous est bien parvenue. La DASCO nous a expliqué, en substance, qu’elle préférait soutenir des associations « au contact direct des enfants ».
Nous entendons parfaitement qu’une collectivité définisse des priorités pour l’attribution de ses subventions.
Mais cette réponse révèle aussi un angle mort particulièrement préoccupant. Qui est au contact direct des enfants chaque jour ?
Les enseignants, les AESH, les CPE, les personnels de direction, les personnels administratifs et tous ceux qui font fonctionner les écoles et les établissements.
Considérer la santé au travail de ces personnels comme extérieure à la protection des élèves revient à oublier une évidence : on ne peut durablement prendre soin des enfants sans prendre soin de ceux qui travaillent auprès d’eux.
Ni la DGRH ni le ministère n’ont souhaité financer notre action
HELPEN a également sollicité la Direction générale des ressources humaines et le ministère de l’Éducation nationale.
Là encore, nos démarches n’ont pas abouti : selon les sollicitations, nous avons été confrontés à des refus confirmés par écrit ou à des refus implicites.
Nous ne prétendons évidemment pas qu’une association dispose d’un droit à être subventionnée.
Ce n’est pas notre propos. La question que nous posons est différente.
Que signifie le fait qu’une association qui documente précisément la souffrance au travail des agents de l’Éducation nationale ne bénéficie d’aucun soutien financier de l’institution dont elle analyse les dysfonctionnements ?
La question mérite au moins d’être posée.
Quand parler finit par coûter cher
Car ce constat entre en résonance avec une réalité que nous retrouvons régulièrement dans les témoignages qui nous parviennent.
Des agents qui signalent des difficultés professionnelles racontent aussi les conséquences matérielles de situations administratives qui s’éternisent : pertes de rémunération ou d’indemnités, dossiers non traités pendant des mois, frais d’avocat et d’expertise, arrêts de travail, mobilités difficiles, procédures longues et coûteuses.
Nous devons être extrêmement précis sur ce point.
HELPEN n’affirme pas qu’il existe une politique organisée de représailles financières à l’encontre des agents qui parlent. Nous ne disposons pas des éléments permettant d’établir une telle affirmation générale.
En revanche, nous constatons quelque chose de beaucoup plus simple et de parfaitement concret :
la souffrance au travail peut aussi conduire à l’épuisement financier de ceux qui tentent de faire reconnaître leur situation.
Et cet épuisement produit des effets. Certains renoncent. Certains abandonnent leurs recours. Certains acceptent une situation qu’ils jugeaient pourtant injuste. Certains n’ont tout simplement plus les moyens matériels ou psychologiques de continuer.
Il n’est pas nécessaire d’interdire une parole pour qu’elle disparaisse
C’est peut-être l’un des enseignements les plus préoccupants des témoignages recueillis par HELPEN.
Dans une grande administration, le silence ne résulte pas nécessairement d’une consigne. Il peut aussi être le produit d’un système.
Lorsque signaler exige des mois ou des années de démarches ; lorsque l’agent doit multiplier les courriers, recours, expertises et procédures ; lorsque les conséquences professionnelles et financières s’accumulent ; lorsque les associations qui documentent ces phénomènes doivent elles-mêmes fonctionner sans soutien public, la question des conditions matérielles de la liberté de parole finit inévitablement par se poser.
Une liberté théorique de signaler ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir matériellement supporter les conséquences d’un signalement.
Notre indépendance a aussi un prix
HELPEN aurait évidemment davantage de moyens avec une subvention publique. Davantage de moyens pour analyser les témoignages. Davantage de moyens pour produire des données. Davantage de moyens pour organiser des rencontres, publier des travaux et porter la parole des agents auprès des pouvoirs publics.
Mais cette absence de financement a aussi une conséquence dont nous prenons acte : notre parole ne dépend financièrement ni de la DGRH ni du ministère de l’Éducation nationale.
Nous continuerons donc à publier ce que nous observons.
Nous continuerons à interpeller les institutions lorsque cela sera nécessaire.
Nous continuerons surtout à poser cette question simple : comment une institution peut-elle prétendre lutter contre la souffrance au travail si ceux qui la documentent, ceux qui la signalent et parfois ceux qui la subissent doivent supporter presque seuls le coût de cette parole ?
HELPEN poursuivra son travail. Avec ou sans subvention.
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