HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE
Jamais deux sans trois : trois questions écrites à l’Assemblée nationale sur le harcèlement moral dans l’Éducation nationale
Depuis plus de deux ans, l’association HELPEN a fait un choix simple : documenter les situations, recueillir les témoignages, analyser les mécanismes institutionnels et porter la parole des personnels partout où cela était possible. Nous avons rencontré des parlementaires. Nous avons rencontré des responsables ministériels. Nous avons alerté les rectorats. Nous avons publié des analyses, des statistiques, des témoignages et des propositions concrètes. Et aujourd’hui, un constat s’impose : quelque chose est en train de changer. Après une première question écrite, puis une deuxième, une troisième question écrite vient d’être publiée à l’Assemblée nationale sur les problématiques de harcèlement moral, de souffrance au travail et de protection des personnels de l’Éducation nationale.
Guillaume DELABY, pour Helpen
7/11/20266 min read


Pendant longtemps, les personnels victimes de harcèlement moral, de souffrance au travail ou de dysfonctionnements administratifs ont eu le sentiment de parler dans le vide. Pendant longtemps, leurs alertes sont restées confinées dans des dossiers individuels, des procédures interminables, des recours administratifs, des courriers sans réponse et des situations de détresse souvent invisibles du grand public. Pendant longtemps également, le sujet est resté largement absent du débat politique national.
Depuis plus de deux ans, l’association HELPEN a fait un choix simple : documenter les situations, recueillir les témoignages, analyser les mécanismes institutionnels et porter la parole des personnels partout où cela était possible. Nous avons rencontré des parlementaires. Nous avons rencontré des responsables ministériels. Nous avons alerté les rectorats. Nous avons publié des analyses, des statistiques, des témoignages et des propositions concrètes. Et aujourd’hui, un constat s’impose : quelque chose est en train de changer.
Après une première question écrite, puis une deuxième, une troisième question écrite vient d’être publiée à l’Assemblée nationale sur les problématiques de harcèlement moral, de souffrance au travail et de protection des personnels de l’Éducation nationale. Jamais deux sans trois. Et ce troisième signal mérite que l’on s’y arrête.
Trois questions écrites, trois groupes politiques, un même constat
La première réalité remarquable est que ces trois questions ne proviennent pas d’un même groupe politique. Elles sont portées par des députés issus de sensibilités différentes. Emmanuel Duplessy, député écologiste, a interrogé le ministre sur la « situation préoccupante du harcèlement moral au sein de l’Éducation nationale ». Dans sa question, il cite explicitement les travaux de HELPEN et évoque les plus de 2 400 situations recensées par l’association. Il parle de dysfonctionnements structurels, de pressions hiérarchiques, d’absence de prise en compte des alertes, de protection fonctionnelle insuffisante et d’un climat d’omerta qui empêche les victimes de faire valoir leurs droits.
Quelques semaines plus tard, Maxime Michelet, député de la Marne, interpelle à son tour le ministre sur la protection des personnels confrontés à des situations de harcèlement ou de dysfonctionnements administratifs. Là encore, la question s’appuie sur les constats documentés par HELPEN et met en avant les conséquences humaines, professionnelles et institutionnelles de situations qui restent trop souvent sans réponse.
Enfin, Géraldine Bannier, députée de la Mayenne, vient à son tour saisir officiellement le Gouvernement sur la lutte contre le harcèlement hiérarchique dans l’Éducation nationale. Cette troisième question est particulièrement remarquable. Elle cite explicitement HELPEN à plusieurs reprises, reprend des éléments publiés dans nos tribunes et interroge directement le ministère sur les suites concrètes données aux situations de harcèlement constatées, sur la chaîne de responsabilité hiérarchique et sur les sanctions susceptibles d’être prises.
Trois questions. Trois députés. Trois groupes politiques. Un même sujet. Un même constat. Une même inquiétude.
Une situation inédite
Il faut mesurer ce que cela représente. Dans l’histoire récente de l’Éducation nationale, rares sont les sujets relatifs aux conditions de travail des personnels qui ont fait l’objet, en si peu de temps, d’interpellations parlementaires convergentes de cette nature. Plus remarquable encore : plusieurs de ces questions s’appuient explicitement sur les travaux de HELPEN. Autrement dit, les témoignages recueillis auprès des personnels, les statistiques construites à partir des dossiers remontés du terrain et les analyses réalisées depuis deux ans commencent à nourrir directement le débat démocratique national. Il ne s’agit plus seulement de situations individuelles. Il ne s’agit plus seulement de dossiers isolés. Il ne s’agit plus seulement d’une parole associative. Le sujet entre progressivement dans le champ du débat parlementaire.
Ce que personne n’avait réussi à faire jusqu’à présent
Nous le disons avec humilité mais aussi avec lucidité : ce qui se produit aujourd’hui est inédit. Pendant des années, les victimes ont souvent été renvoyées vers des démarches individuelles. Les syndicats accomplissent un travail considérable de défense des personnels, souvent dans des conditions extrêmement difficiles. Les associations spécialisées existent également. Les élus locaux interviennent parfois lorsqu’ils sont sollicités. Mais personne n’était parvenu à faire émerger au niveau national un corpus cohérent de données, de témoignages, de statistiques et d’analyses permettant de documenter le phénomène dans son ensemble.
HELPEN a choisi une autre voie. Nous avons décidé de travailler sur le temps long. Nous avons décidé de construire un observatoire. Nous avons décidé de documenter les situations. Nous avons décidé d’écouter les personnels. Nous avons décidé de produire des données. Nous avons décidé de parler de ce qui fonctionne mal, non pas pour affaiblir l’institution, mais parce qu’une institution forte est une institution capable de regarder ses propres difficultés en face. C’est cette démarche qui commence aujourd’hui à porter ses fruits.
Au-delà des belles paroles
Depuis plusieurs années, les discours institutionnels sur la qualité de vie au travail, la prévention des risques psychosociaux ou la santé mentale se multiplient. Ces sujets sont importants. Ils doivent être traités. Mais les personnels attendent aussi autre chose. Ils attendent des réponses. Ils attendent de la transparence. Ils attendent des délais de traitement raisonnables. Ils attendent un suivi réel des signalements. Ils attendent des enquêtes lorsqu’elles sont nécessaires. Ils attendent des décisions lorsqu’elles s’imposent. Ils attendent que les mécanismes de protection fonctionnent réellement.
C’est précisément ce que soulignent les trois questions écrites déposées à l’Assemblée nationale. Au fond, toutes posent la même interrogation : que se passe-t-il concrètement lorsqu’un agent signale une situation grave ? C’est cette question que HELPEN pose depuis deux ans. Et c’est cette question que les parlementaires commencent désormais à poser à leur tour.
Une étape, pas un aboutissement
Soyons clairs. Trois questions écrites ne résolvent pas les problèmes. Elles ne réparent pas les souffrances. Elles ne mettent pas fin aux situations individuelles. Elles ne remplacent ni les enquêtes, ni les décisions administratives, ni les procédures judiciaires. Mais elles constituent un signal. Elles montrent que les alertes remontées depuis le terrain ne peuvent plus être considérées comme marginales. Elles montrent que des élus de sensibilités différentes considèrent désormais que le sujet mérite une réponse nationale. Elles montrent que la parole des personnels commence à être entendue.
Merci à celles et ceux qui ont agi
Nous souhaitons remercier tous les parlementaires qui ont accepté de nous écouter depuis plusieurs mois. Nous adressons notamment nos remerciements à la députée Ayda Hadizadeh, qui nous a reçus à l’Assemblée nationale et qui n’a cessé de nous encourager à poursuivre ce travail de sensibilisation auprès des représentants de la Nation. Nous remercions également le député Arnaud Bonnet, qui a accepté d’échanger avec nous et dont l’engagement a contribué à porter ces sujets dans le débat public. Nous saluons également les députés Emmanuel Duplessy, Maxime Michelet et Géraldine Bannier pour avoir choisi d’interroger officiellement le Gouvernement sur ces réalités souvent invisibles. Au-delà des appartenances politiques, nous saluons le courage de tous les élus qui acceptent de regarder ces réalités en face. Car il est toujours plus facile d’ignorer une souffrance que de l’affronter.
Pourquoi nous poursuivons la demande de commission d’enquête parlementaire
Ces trois questions écrites renforcent notre conviction. Nous avons besoin d’une vision nationale. Nous avons besoin d’une photographie complète du phénomène. Nous avons besoin de comprendre les mécanismes qui conduisent à certaines situations de blocage. Nous avons besoin d’évaluer les dispositifs existants. Nous avons besoin d’entendre les victimes, les syndicats, les rectorats, les administrations, les chercheurs, les médecins de prévention et les responsables politiques. Nous avons besoin de transparence. C’est précisément le rôle d’une commission d’enquête parlementaire. Et c’est pourquoi HELPEN poursuivra son action avec détermination.
Le temps du Livre noir
Les trois questions écrites publiées à l’Assemblée nationale constituent également un encouragement à poursuivre la rédaction du Livre noir de l’Éducation nationale. Car derrière chaque question parlementaire se trouvent des centaines de témoignages. Derrière chaque statistique se trouvent des personnes. Derrière chaque dossier se trouvent des vies parfois profondément bouleversées. Notre responsabilité est de rendre visibles ces réalités. Notre responsabilité est de les documenter. Notre responsabilité est de les transmettre. Notre responsabilité est de contribuer, à notre place, à l’amélioration de l’institution.
Après deux années de travail, une certitude s’impose désormais : la parole des personnels commence à franchir les murs des établissements. Elle commence à franchir les murs des rectorats. Elle commence à franchir les murs du ministère. Et désormais, elle entre à l’Assemblée nationale.
Le chemin est encore long. Mais jamais, depuis la création de HELPEN, nous n’avions observé une telle convergence de signaux. Jamais deux sans trois. Et peut-être, demain, jamais trois sans suite.







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