HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE

HELPEN : nous avons transmis les témoignages. Il appartient désormais aux institutions d’en faire quelque chose.

128 LIVRES NOIRS. ET MAINTENANT ? Aujourd’hui, HELPEN a expédié 128 exemplaires de son Livre noir aux députés et sénateurs des commissions chargées de l’éducation. Depuis plusieurs semaines, nous avons témoigné, documenté, rencontré, alerté. Nous avons porté la parole de milliers de personnels de l’Éducation nationale. Nous avons fait notre part. Désormais, les faits sont entre les mains de celles et ceux qui peuvent contribuer à faire évoluer les choses. Il appartient à chacun d’en prendre connaissance et d’en tirer les conséquences. Pour HELPEN, une étape importante s’achève. La suite prendra peut-être une autre forme. Mais une chose est certaine : Ce qui a été documenté ne pourra plus être considéré comme n’ayant jamais été signalé.

Guillaume DELABY

10/15/20268 min read

Le 14 octobre 2026, HELPEN a expédié 128 exemplaires de son Livre noir aux députés et sénateurs membres des commissions parlementaires chargées de l’éducation. Cette opération vient conclure plusieurs semaines de publication, de rencontres institutionnelles, de démarches auprès des médias et d’interpellations des pouvoirs publics. Elle marque également une étape importante dans les deux années d’engagement de notre association auprès des personnels de l’Éducation nationale confrontés à des situations de souffrance au travail et de harcèlement moral.

Ce n’est pas un simple envoi de livres. C’est la transmission d’un travail documentaire à celles et ceux qui disposent des moyens institutionnels de l’examiner et d’y donner suite.

Deux années pour faire entendre des paroles trop souvent isolées

Depuis sa création, HELPEN a reçu plus de 2 500 témoignages et signalements de personnels de l’Éducation nationale. Derrière ces contributions, nous avons rencontré des enseignants, des personnels administratifs, des personnels d’éducation et d’autres agents confrontés à des situations professionnelles parfois extrêmement difficiles.

Les récits diffèrent et chaque situation appelle un examen particulier. Pourtant, certains mécanismes reviennent régulièrement : difficultés à faire reconnaître une situation, multiplication des interlocuteurs, procédures prolongées, sentiment d’isolement, incertitudes sur la protection fonctionnelle, conséquences sur la santé et sur les carrières.

Nous avons voulu comprendre pourquoi des personnels pouvaient avoir sollicité leur hiérarchie, leur rectorat, la médecine de prévention, les organisations syndicales, parfois la justice, et continuer, des années plus tard, à se sentir abandonnés.

Le problème n’est pas toujours que personne n’a répondu. Il arrive aussi que plusieurs interlocuteurs soient intervenus sans qu’une protection cohérente et durable ait été construite.

C’est notamment cette question que nous avons cherché à documenter.

Un Livre noir pour dépasser la succession des « cas particuliers »

Le 1er septembre 2026, HELPEN a publié son premier Livre noir consacré au harcèlement moral des personnels de l’Éducation nationale et aux angles morts du traitement des signalements.

Ce rapport de 264 pages rassemble témoignages, données issues de notre corpus associatif, analyses documentaires et propositions. Il ne prétend pas mesurer statistiquement la prévalence du harcèlement moral dans l’ensemble de l’Éducation nationale : les situations recueillies ne constituent pas un échantillon représentatif de tous les personnels.

En revanche, elles permettent de rapprocher des expériences, d’identifier des mécanismes récurrents et de formuler des questions précises sur le fonctionnement des dispositifs de prévention et de protection.

Nous avons notamment interrogé la continuité du traitement des signalements, l’effectivité de la protection fonctionnelle, la prise en compte des risques psychosociaux, les conséquences professionnelles des démarches engagées et la nécessité de vérifier les suites réellement données aux alertes.

Notre ambition n’était pas de demander que l’on nous croie sur parole, mais de réunir suffisamment de matière pour que nos constats puissent être examinés, vérifiés, discutés et, si nécessaire, contredits.

C’est pourquoi nous avons choisi de rendre gratuitement accessible l’intégralité du rapport.

Des médias qui nous ont accompagnés. D’autres qui ont préféré ne pas ouvrir le dossier.

La publication du Livre noir a donné lieu à un important travail de sensibilisation des rédactions. Nous avons contacté de nombreux journalistes, proposé des témoignages, transmis des documents et offert la possibilité de rencontrer directement des personnels concernés.

Nous tenons à remercier sincèrement les journalistes et les médias qui ont accepté de nous écouter, de nous interroger et de donner une visibilité à notre travail. Nous pensons notamment à SQOOL TV et la revue institutionnelle Acteurs Publics, qui nous a permis de présenter publiquement nos constats, mais aussi aux journalistes qui ont pris le temps d’échanger avec nous, d’examiner nos documents ou d’envisager des enquêtes. Certains ont engagé un véritable travail de compréhension du sujet, même lorsque celui-ci n’a pas encore débouché sur une publication.

Leur attention a compté. Elle a permis à des paroles longtemps confinées aux démarches individuelles de trouver une place dans le débat public.

Mais nous avons également rencontré une autre réalité : la difficulté considérable de faire émerger médiatiquement un phénomène pourtant documenté par des milliers de témoignages.

Certains journalistes nous ont expliqué que le sujet était déjà connu. D’autres ont évoqué l’abondance des informations, les contraintes éditoriales ou l’impossibilité de consacrer le temps nécessaire à une enquête approfondie. De nombreuses sollicitations sont également restées sans réponse.

Nous connaissons les difficultés du métier de journaliste et ne prétendons pas connaître les raisons de chaque silence. Nous savons aussi qu’un témoignage, même bouleversant, ne dispense jamais d’un travail de vérification et de contradiction.

Mais une question demeure : comment un phénomène peut-il être considéré comme suffisamment connu pour ne plus constituer une actualité, alors que son ampleur, ses mécanismes et ses conséquences restent insuffisamment mesurés ?

À force de considérer chaque situation comme un dossier individuel, ne risque-t-on pas de rendre invisible ce que leur rapprochement pourrait révéler ?

Cette fragmentation des situations, nous l’avons observée dans les parcours administratifs. Nous avons parfois eu le sentiment de la retrouver dans leur traitement médiatique.

Nous ne reprochons pas aux rédactions de ne pas reprendre nos conclusions. Nous aurions simplement souhaité que davantage d’entre elles acceptent d’examiner les faits.

Le silence médiatique ne démontre pas qu’un phénomène n’existe pas. Mais il peut contribuer à prolonger son invisibilité.

Nous remercions d’autant plus chaleureusement celles et ceux qui ont accepté d’ouvrir leurs colonnes, leurs antennes ou simplement leur agenda à notre association.

Des rencontres institutionnelles, cinq questions parlementaires et des réponses encore attendues

Au cours des derniers mois, HELPEN a multiplié les démarches auprès des institutions. Nous avons été reçus par différents interlocuteurs, notamment à l’Assemblée nationale et par la Médiatrice de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, à laquelle nous avons présenté nos travaux.

Ces rencontres ont permis des échanges approfondis sur le traitement des signalements, la protection des personnels et les difficultés de coordination entre services.

Cinq questions écrites ont également été adressées au Gouvernement par des députés de différentes sensibilités politiques, en lien avec les préoccupations documentées par HELPEN.

Nous remercions les parlementaires qui ont accepté de porter ces interrogations. Leur démarche montre que la protection des personnels de l’Éducation nationale peut et doit dépasser les appartenances politiques.

Pour autant, les rencontres institutionnelles et les questions parlementaires ne suffisent pas, à elles seules, à transformer la situation des agents concernés.

Certaines réponses ont été apportées. D’autres questions restent sans réponse substantielle à nos yeux. Plusieurs situations individuelles portées à la connaissance des institutions continuent de susciter de profondes inquiétudes.

Nous avons également constaté les limites de notre propre action. Une association peut recueillir des témoignages, documenter des situations, solliciter des rendez-vous et demander des explications. Elle ne dispose pas des prérogatives permettant d’imposer une enquête indépendante, d’obtenir toutes les données nécessaires ou de contraindre une administration à réexaminer ses décisions.

Documenter et alerter relèvent de notre engagement associatif. Examiner, décider, protéger et contrôler relèvent aussi de la responsabilité des institutions.

128 exemplaires pour transmettre notre travail aux représentants de la Nation

Le 14 octobre 2026, HELPEN a donc expédié 128 exemplaires imprimés du Livre noir aux députés et sénateurs des commissions parlementaires compétentes en matière d’éducation.

Chaque envoi représente un ouvrage de 264 pages, accompagné de notre démarche de présentation. Au total, ce sont près de 200 kilogrammes de documentation qui ont été préparés et confiés à l’acheminement postal.

Pour une petite association reposant principalement sur l’engagement de bénévoles, cette opération constitue un effort matériel et financier significatif.

Nous avons néanmoins estimé qu’il était nécessaire d’aller au terme de notre démarche.

Un rapport numérique peut être téléchargé, consulté ou oublié dans une boîte de réception. Un ouvrage imprimé peut être conservé, annoté, transmis à un collaborateur, utilisé dans le cadre d’une audition ou servir de point de départ à un travail parlementaire.

Nous ne demandons pas aux parlementaires d’adhérer à toutes nos analyses. Nous leur demandons de les examiner, de les confronter aux données publiques, d’interroger les administrations concernées et, lorsque cela paraît nécessaire, de solliciter les vérifications qui permettront d’établir les faits.

Nous avons souhaité que les témoignages recueillis par HELPEN ne restent pas uniquement dans les archives de notre association. Ils sont désormais transmis à des représentants de la Nation.

Ce que nous demandons reste simple

Au terme de ce travail, nos interrogations n’ont pas fondamentalement changé.

Lorsqu’un personnel signale une situation susceptible de relever du harcèlement moral ou de risques psychosociaux graves, qui prend réellement en charge son dossier ? Comment les informations circulent-elles entre les différents services ? Qui vérifie que les mesures décidées ont été appliquées ? Comment s’assure-t-on que la situation professionnelle de l’agent s’est effectivement améliorée ?

Ces questions ne supposent pas que tous les signalements soient fondés ni que toutes les administrations fonctionnent de manière identique. Elles supposent simplement qu’un système de prévention et de protection puisse être évalué à partir de ses résultats.

Une procédure ne protège pas uniquement parce qu’elle existe. Elle protège lorsqu’elle est accessible, effectivement mise en œuvre et suivie jusqu’à ce que la situation ait été traitée.

C’est pourquoi HELPEN a constamment défendu trois exigences : prévenir, tracer, vérifier.

Une étape s’achève. Le travail demeure.

Après deux années d’engagement, nous pourrions dresser une longue liste des démarches restées sans résultat, des réponses insuffisantes et des occasions manquées.

Nous préférons aujourd’hui rappeler ce qui a été accompli.

Plus de 2 500 témoignages et signalements reçus. Un travail de consolidation documentaire. Un rapport de 264 pages librement accessible. Des rencontres institutionnelles. Des échanges avec des journalistes. Cinq questions parlementaires. Et désormais, 128 exemplaires transmis aux commissions chargées de l’éducation.

Derrière ces réalisations, il y a des bénévoles qui ont consacré une part considérable de leur temps à écouter, accompagner, écrire, vérifier, organiser et transmettre. Il y a surtout des personnels qui ont accepté de raconter des situations parfois douloureuses, avec l’espoir que leur expérience puisse contribuer à améliorer le fonctionnement de l’institution.

Nous leur devons notre reconnaissance.

Nous savons aussi qu’il existe des limites humaines, matérielles et financières à ce qu’une petite association peut entreprendre.

HELPEN ne peut pas, à elle seule, réparer les situations individuelles ni transformer le fonctionnement de l’Éducation nationale.

Elle peut cependant contribuer à faire en sorte que certaines réalités ne restent pas invisibles et laisser un travail documentaire susceptible d’être repris, discuté et approfondi par d’autres.

C’est dans cet esprit que nous avons conduit cette opération de diffusion parlementaire.

Nous ignorons ce que deviendront les 128 exemplaires expédiés cette semaine. Certains seront peut-être lus attentivement. D’autres simplement consultés. Certains nourriront peut-être des questions, des auditions ou des travaux ultérieurs.

Nous ne présumons pas de leur réception ni de leurs conséquences.

Mais nous savons pourquoi nous les avons envoyés.

Parce que les personnels qui nous ont fait confiance méritent que leurs témoignages soient examinés. Parce que la souffrance au travail ne devrait jamais être considérée comme une fatalité administrative. Parce qu’une institution aussi essentielle que l’Éducation nationale doit pouvoir regarder les difficultés rencontrées par ses personnels sans les réduire systématiquement à une succession de « cas particuliers ».

Protéger ceux qui font vivre l’École, c’est aussi protéger l’École.

Au moment où cette étape de notre engagement s’achève, nous remercions toutes celles et tous ceux qui ont contribué à notre travail : les personnels qui ont témoigné, les bénévoles, les adhérents, les journalistes qui nous ont accompagnés, les parlementaires qui nous ont interrogés et les interlocuteurs institutionnels qui ont accepté le dialogue.

Nous espérons que ce travail ne restera pas sans lendemain.

Nous avons fait en sorte que ces témoignages ne puissent plus être ignorés faute d’avoir été transmis.

Ce qu’il en adviendra désormais ne dépend plus seulement de nous.

Association HELPEN — 15 octobre 2026

Le Livre noir HELPEN 2026 est consultable gratuitement sur helpen.fr/livre-noir.

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