HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE

Harcèlement moral dans l’Éducation nationale : où sont les syndicats ? Pourquoi sommes-nous si isolés ?

HELPEN ne s’est jamais construite contre les syndicats. Nous avons même publiquement proposé de travailler avec eux. Nous savons ce que le syndicalisme a apporté à la défense des personnels et nous savons aussi combien de représentants syndicaux, localement, consacrent du temps et de l’énergie à aider des collègues en difficulté. Il serait donc injuste de transformer cette interrogation en procès général du syndicalisme.

Helpen

8/9/20267 min read

Depuis plus de deux ans, HELPEN recueille la parole de personnels de l’Éducation nationale confrontés au harcèlement moral, aux violences professionnelles, à la dégradation de leurs conditions de travail et, trop souvent, à l’absence de réponse institutionnelle. Des milliers de témoignages nous sont parvenus. Plus d’un millier de personnels ont rejoint l’association. Des situations dramatiques nous ont été rapportées. Certaines ont conduit à des arrêts prolongés, à des effondrements professionnels, à des tentatives de suicide. L’une de nos premières adhérentes s’est suicidée.

Dans le même temps, HELPEN a sollicité l’administration, la DGRH, les rectorats, l’Inspection générale, des parlementaires, des journalistes, des professionnels du droit et de la santé au travail. Notre travail commence aujourd’hui à trouver un écho politique : plusieurs députés, appartenant à des groupes politiques différents, ont interrogé le Gouvernement en s’appuyant explicitement sur les travaux de notre association. HELPEN demande désormais l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur la souffrance au travail et les mécanismes institutionnels de traitement du harcèlement dans l’Éducation nationale.

Une absence devient dès lors difficile à ne pas interroger : celle des grandes organisations syndicales, dans leur très grande majorité.

Une question simple : pourquoi sommes-nous si seuls ?

HELPEN ne s’est jamais construite contre les syndicats. Nous avons même publiquement proposé de travailler avec eux. Nous savons ce que le syndicalisme a apporté à la défense des personnels et nous savons aussi combien de représentants syndicaux, localement, consacrent du temps et de l’énergie à aider des collègues en difficulté. Il serait donc injuste de transformer cette interrogation en procès général du syndicalisme.

Mais il serait tout aussi irresponsable de taire ce que nous observons.

Alors que la souffrance au travail est devenue un sujet majeur dans l’Éducation nationale, alors que les représentants des personnels siègent dans les formations spécialisées en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail, alors que des milliers d’agents nous décrivent des situations de harcèlement, d’isolement et d’épuisement, pourquoi aucune grande organisation syndicale nationale n’a-t-elle, à ce jour, rejoint publiquement notre demande de commission d’enquête parlementaire ?

Pourquoi si peu de réactions à nos données ? Pourquoi si peu de curiosité devant les témoignages recueillis ? Pourquoi si peu de mobilisation autour de la question des enquêtes administratives, du contradictoire, de la protection fonctionnelle, des risques psychosociaux et de la responsabilité des employeurs publics ?

Nous ne prétendons pas connaître toutes les réponses. Mais nous avons le devoir de poser les questions.

Le harcèlement entre agents : un angle mort particulièrement embarrassant

Il existe peut-être une première difficulté structurelle.

Le harcèlement professionnel ne se résume pas à l’opposition commode entre une administration et ses agents. Il peut se produire entre collègues, dans une équipe, entre un personnel de direction et un enseignant, entre responsables et subordonnés. Les personnes impliquées peuvent être toutes deux syndiquées. Elles peuvent même appartenir à la même organisation.

Que fait alors le syndicat ?

Cette situation crée une difficulté réelle que nous pouvons comprendre. Mais elle ne peut conduire à la neutralisation du problème. Car renvoyer systématiquement deux personnes dos à dos sous l’étiquette rassurante de « conflit interpersonnel » peut devenir une manière de ne plus rechercher s’il existe réellement des faits de harcèlement, une asymétrie de pouvoir, une répétition d’agissements ou une défaillance de l’employeur dans son obligation de prévention.

La neutralité entre les personnes ne doit jamais devenir la neutralité devant les faits.

Les témoignages recueillis par HELPEN montrent que cette interrogation n’est pas théorique. Dans un dossier transmis à notre association (voir illustration ci-dessus), un ancien adhérent du SNPDEN, alors principal adjoint stagiaire, indique avoir alerté son organisation dès l’automne 2024 sur une situation qu'il estimait particulièrement grave. Après son arrêt en janvier 2025, il affirme être resté près d’un an sans échange avec son syndicat local et avoir dû se tourner vers des acteurs extérieurs. Saisi directement en 2026, le correspondant SNPDEN lui a répondu que les élus locaux avaient, selon les informations qui lui avaient été transmises, « fait de leur mieux », avant d’indiquer que l’examen d’une nouvelle demande par la cellule juridique pourrait intervenir après régularisation de son adhésion. Ce document ne permet évidemment pas de juger à lui seul l’action d’une organisation syndicale. Mais il illustre une question que de nombreux témoignages adressés à HELPEN nous conduisent désormais à poser : que devient un agent en grande difficulté lorsque l’accompagnement syndical s’interrompt sans que la situation professionnelle ayant motivé son appel à l’aide soit résolue ?

C’est précisément pour sortir de cette logique que HELPEN défend depuis sa création une approche fondée sur les faits, les pièces, leur chronologie, le contradictoire et l’enquête.

Et si HELPEN révélait surtout une faille du système ?

Une deuxième question mérite d’être posée.

Pourquoi une association spécialisée comme HELPEN a-t-elle rencontré en si peu de temps une telle demande ?

Pourquoi autant de personnels viennent-ils raconter à une association relativement récente des situations parfois anciennes de cinq, dix ou quinze ans ?

Pourquoi certains disent-ils avoir auparavant sollicité leur hiérarchie, la médecine de prévention, les dispositifs de signalement, les représentants du personnel ou différentes organisations sans avoir trouvé de solution durable ?

La question n’est pas de savoir si HELPEN serait « meilleure » que les syndicats. Ce serait absurde : nos fonctions ne sont pas les mêmes.

La vraie question est beaucoup plus dérangeante : comment autant de personnels ont-ils pu traverser les dispositifs existants sans que leur souffrance soit effectivement traitée ?

Les organisations syndicales siègent depuis des années dans les instances consacrées aux conditions de travail. Elles disposent d’une connaissance irremplaçable du terrain. C’est précisément pourquoi leur mobilisation sur ce sujet nous paraît indispensable.

HELPEN ne demande pas leur disparition. Nous demandons leur présence.

Deux cultures de l’action qui doivent apprendre à se rencontrer

Il existe aussi une différence de méthode.

Le syndicalisme institutionnel s’inscrit historiquement dans le dialogue social : négociations, instances représentatives, audiences rectorales et ministérielles, mobilisations collectives, revendications statutaires.

HELPEN est née d’une autre urgence : celle de personnes qui considèrent précisément que les mécanismes ordinaires n’ont pas fonctionné.

Nous documentons. Nous recueillons les témoignages. Nous confrontons les situations. Nous interpellons l’administration. Nous rencontrons des parlementaires. Nous demandons des enquêtes. Nous encourageons, lorsque cela est nécessaire et juridiquement fondé, l’utilisation des voies de recours existantes. Et nous rendons publiques certaines contradictions du système.

Cette démarche peut déranger.

Mais lorsqu’un système ne parvient plus à protéger certains de ses agents, le rôle d’une association indépendante n’est pas de préserver le confort du système. Il est d’en révéler les failles.

Nous leur avons pourtant tendu la main

HELPEN a déjà appelé publiquement les organisations syndicales à travailler avec elle. Notre démarche n’était ni hostile ni concurrentielle. Elle reste la même aujourd’hui.

Nous proposons aux organisations syndicales de confronter leurs données aux nôtres, d’étudier les mécanismes qui conduisent certains signalements à rester sans réponse, de réfléchir aux garanties entourant les enquêtes administratives, d’améliorer le contradictoire, d’interroger le fonctionnement des dispositifs de signalement et de travailler ensemble sur la prévention du harcèlement moral.

Nous leur demandons surtout une chose très simple : soutenir la demande d’une enquête parlementaire indépendante sur la souffrance au travail dans l’Éducation nationale.

Que pourrait-il y avoir à craindre d’une enquête ?

Si les dispositifs fonctionnent, l’enquête le montrera. S’ils fonctionnent imparfaitement, elle permettra de les améliorer. Et s’ils échouent gravement dans certaines situations, alors les personnels ont le droit de le savoir et la puissance publique le devoir d’agir.

Le silence finit lui aussi par devenir une question

Notre propos n’est donc pas : « les syndicats ne font rien ». Ce serait faux, injuste pour les militants engagés quotidiennement sur le terrain et intellectuellement trop facile.

Notre constat est plus précis et, à nos yeux, plus préoccupant : face aux éléments accumulés par HELPEN sur le harcèlement moral et l’inertie institutionnelle, la mobilisation nationale des grandes organisations syndicales reste très en deçà de la gravité des témoignages qui nous parviennent.

Nous ne demandons à personne de croire HELPEN sur parole.

Nous demandons exactement l’inverse : enquêtons.

Ouvrons les dossiers. Écoutons les personnels. Comparons les signalements et les réponses qui leur ont été apportées. Étudions le devenir des protections fonctionnelles. Regardons combien d’enquêtes sont réellement ouvertes, dans quels délais, selon quelles garanties et avec quelles suites. Interrogeons les situations dans lesquelles l’agent qui signale finit lui-même isolé, déplacé ou durablement éloigné de son métier.

Voilà précisément à quoi servirait une commission d’enquête parlementaire.

À l’approche d’une année politique déterminante pour notre pays, chacun devra prendre ses responsabilités : administration, ministère, parlementaires, associations — mais aussi organisations représentatives des personnels.

Nous tendons une nouvelle fois la main aux organisations syndicales.

Pas pour rejoindre HELPEN. Pas pour approuver chacune de nos analyses. Pas pour renoncer à leur indépendance. Mais pour exiger avec nous que la lumière soit faite.

Car devant la souffrance au travail, il existe une frontière que nous refusons de franchir : celle qui sépare la prudence du silence, puis le silence de l’indifférence.

Lorsqu’un système produit autant de souffrance, l’honneur collectif n’est plus de défendre les institutions telles qu’elles sont. Il est d’avoir le courage de regarder ce qu’elles font à celles et ceux qu’elles étaient censées protéger.

NOTE / Pièce anonymisée transmise à HELPEN. L’identité de l’adhérent·e et les éléments permettant son identification ont été supprimés. L’identité du représentant syndical signataire est conservée en raison du caractère institutionnel de la réponse. HELPEN publie cet échange à titre documentaire et ne prétend pas qu’il permette, à lui seul, de caractériser l’action générale de l’organisation concernée.

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