HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE
Derrière chaque fiche HELPEN : une méthode d’analyse, pas un simple témoignage
Depuis deux ans, HELPEN recueille, analyse et documente les témoignages de personnels de l’Éducation nationale confrontés à des situations de souffrance au travail, de harcèlement ou de dysfonctionnements institutionnels. Pour préparer notre future demande de commission d’enquête parlementaire, nous avons développé un modèle de Fiche Descriptive et Analytique de Situation (FDAS). En voici un exemple, sous forme d'infographie.
Guillaume DELABY, pour Helpen
7/6/20267 min read


Pourquoi nous avons créé les Fiches Descriptives et Analytiques de Situation (FDAS)
Depuis la création de HELPEN, une question revient régulièrement : que faites-vous concrètement des témoignages qui vous sont confiés ? La réponse est simple : nous les écoutons. Mais nous ne nous arrêtons pas là. Car écouter une personne en souffrance est une nécessité humaine. Comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette souffrance est une nécessité collective.
C’est précisément pour cela que nous avons développé ce que nous appelons les Fiches Descriptives et Analytiques de Situation (FDAS). Ces fiches sont devenues, au fil des mois, l’un des outils les plus importants de notre association. Elles constituent aujourd’hui le cœur de notre travail d’observation, d’analyse et de documentation du harcèlement moral et institutionnel dans l’Éducation nationale.
Elles ne remplacent ni la justice, ni les enquêtes administratives, ni les expertises médicales. Elles répondent à une autre question : comment transformer une souffrance individuelle en connaissance utile pour tous ?
Du témoignage à l’analyse
Lorsqu’un agent nous contacte, il nous transmet souvent plusieurs années de souffrance en quelques pages. Il peut s’agir de quelques courriels, de centaines de documents ou parfois simplement d’une phrase : « Je ne comprends plus ce qui m’arrive. » Derrière cette phrase se cache souvent une réalité complexe, faite d’événements successifs, d’interactions multiples, de décisions administratives, de silences, de conflits et parfois d’une profonde détresse psychologique.
Le premier réflexe est naturellement de se concentrer sur la personne : son histoire, ses blessures, sa colère, son épuisement ou son sentiment d’injustice. Pourtant, très rapidement, une autre question apparaît. Que s’est-il réellement passé ? Comment la situation s’est-elle construite ? Quels acteurs sont intervenus ? Quels dispositifs ont été activés ? Quels faits sont établis ? Quels documents existent ? Quels mécanismes ont fonctionné ? Lesquels ont échoué ?
Autrement dit, comment passer du récit à l’analyse ? C’est cette transition qui a conduit à la création des FDAS.
Une association n’est pas un tribunal
Il est important de rappeler ce point essentiel. HELPEN n’est pas un tribunal. Nous ne condamnons personne, nous ne prononçons aucune sanction et nous ne remplaçons ni les juges, ni les enquêteurs, ni les administrations. Notre objectif n’est pas de désigner des coupables mais de comprendre.
Cette nuance est fondamentale. Une situation peut être juridiquement complexe. Les responsabilités peuvent être multiples, partagées ou contestées. Les perceptions peuvent différer selon les acteurs impliqués. Pourtant, même lorsque les responsabilités individuelles demeurent débattues, les mécanismes organisationnels peuvent être observés et analysés. Ce sont précisément ces mécanismes que nous cherchons à identifier.
Pourquoi une méthode est indispensable
Lorsqu’une personne raconte une situation de harcèlement, le risque est toujours le même : se focaliser uniquement sur l’émotion. Or l’émotion est indispensable pour comprendre la souffrance. Elle permet d’entendre l’humain derrière le dossier. Mais elle ne suffit pas pour convaincre.
Les décideurs publics, les parlementaires, les chercheurs, les journalistes, les magistrats ou les responsables administratifs ont besoin d’autre chose. Ils ont besoin de chronologies précises, de documents, de faits vérifiables, de mécanismes identifiables et de récurrences observables. Ils ont besoin de données.
Les FDAS sont précisément conçues pour réaliser cette transformation. Elles permettent de passer d’un récit individuel à une analyse structurée, exploitable et comparable.
Comment est construite une FDAS ?
Chaque fiche suit une architecture identique. Cette standardisation permet de comparer des situations très différentes : enseignants, personnels de direction, personnels administratifs, CPE, AESH ou personnels d’encadrement. Derrière la diversité des métiers, nous appliquons la même grille de lecture.
La première partie décrit les faits. Elle répond à une question simple : que s’est-il passé ? Elle présente le contexte, les événements majeurs, les acteurs impliqués et les principales conséquences observées.
La seconde partie constitue le cœur de la fiche. Elle analyse les mécanismes à l’œuvre. Nous ne cherchons plus seulement à raconter une histoire mais à comprendre comment une situation a pu se dégrader et se maintenir dans le temps.
Enfin, la troisième partie s’intéresse aux conséquences : sur la santé, la carrière, la situation financière, la vie familiale et la vie sociale.
Les mécanismes que nous observons le plus fréquemment
Au fil des dossiers, certains mécanismes apparaissent avec une fréquence remarquable. Ils ne sont pas présents dans toutes les situations, mais ils reviennent suffisamment souvent pour mériter une attention particulière.
Le premier concerne le respect du contradictoire. De nombreux adhérents décrivent des enquêtes qu’ils estiment orientées, des accusations sans confrontation réelle, des documents non communiqués, des délais extrêmement courts pour répondre ou encore des décisions prises avant même qu’ils aient pu présenter leur version des faits. La question n’est pas ici de savoir qui a raison ou tort. Elle est de savoir si le contradictoire a été pleinement respecté.
Le deuxième mécanisme concerne l’épuisement progressif des agents. Nous observons fréquemment des retraits de mission, des changements d’affectation, des évaluations dégradées, des convocations répétées, une multiplication des démarches administratives et parfois un sentiment d’isolement grandissant. Pris séparément, chacun de ces éléments peut sembler banal. Leur accumulation produit pourtant souvent un effet dévastateur.
Le troisième mécanisme est ce que de nombreux adhérents décrivent comme une forme de cécité institutionnelle. Des signalements existent. Des alertes sont formulées. Des registres SST sont renseignés. Des médecins interviennent. Des syndicats sont saisis. Des médiateurs sont sollicités. Pourtant, beaucoup d’agents ont le sentiment que rien ne change réellement et que leurs alertes disparaissent dans un système incapable de se remettre en question.
Ce que nous cherchons réellement
Notre objectif n’est pas simplement de savoir si une personne a souffert. Nous cherchons à comprendre pourquoi cette souffrance est apparue, comment elle s’est installée et pourquoi elle a parfois perduré pendant des années.
Cette question est fondamentale. Lorsqu’un problème persiste malgré les signalements, les démarches administratives, les alertes médicales ou les interventions syndicales, il cesse d’être uniquement individuel. Il devient organisationnel.
Les FDAS ont précisément pour vocation d’identifier ces dimensions organisationnelles afin de dépasser la seule logique du cas particulier.
L’importance de la chronologie
L’un des enseignements majeurs de notre expérience est l’importance de la chronologie. Dans la plupart des dossiers, les événements s’étalent sur plusieurs années. Les souvenirs se mélangent, les procédures se superposent et les décisions se succèdent.
La reconstitution chronologique permet alors de répondre à des questions essentielles : qui savait quoi ? À quel moment ? Quelles mesures ont été prises ? Quelles mesures n’ont pas été prises ? Quels événements ont suivi les alertes ? Quels effets ont produit les décisions administratives ?
Très souvent, cette simple remise en ordre des faits révèle des mécanismes qui n’étaient pas immédiatement visibles.
Pourquoi nous anonymisons la majorité des situations
Une autre question revient régulièrement : pourquoi certaines situations sont-elles anonymisées alors que d’autres sont rendues publiques ?
La réponse est simple. Parce que les situations et les souhaits des adhérents sont différents.
Certaines fiches demeurent totalement confidentielles. D’autres sont transmises uniquement à des avocats, à des parlementaires ou à des organismes de contrôle. Certaines enfin sont publiées, avec l’accord explicite de l’adhérent concerné.
Dans tous les cas, le choix appartient à la personne concernée. Nous considérons que la protection des personnes est une priorité absolue. Notre objectif n’est jamais d’exposer des individus. Notre objectif est de documenter des mécanismes.
Ce que les premières centaines de dossiers nous ont appris
Lorsque HELPEN a été créée, nous pensions recueillir une succession de situations individuelles sans lien évident entre elles. Nous nous trompions.
Très rapidement, des régularités sont apparues. Des académies différentes. Des métiers différents. Des contextes différents. Et pourtant, les mêmes mécanismes revenaient. Absence de contradictoire. Refus de protection fonctionnelle. Retournement de responsabilité. Isolement progressif. Dégradation de la santé. Épuisement. Perte de confiance.
Lorsque les mêmes schémas apparaissent à plusieurs centaines de kilomètres de distance, sous plusieurs hiérarchies différentes et auprès de métiers différents, la question change de nature. Nous ne sommes plus face à une série d’accidents isolés. Nous sommes face à un phénomène qui mérite une analyse collective.
Pourquoi ces fiches sont essentielles pour une commission d’enquête parlementaire
Une commission parlementaire n’a pas besoin de plusieurs milliers d’histoires individuelles. Elle a besoin de comprendre les mécanismes, leur fréquence, leurs conséquences humaines et financières ainsi que leurs causes.
Les FDAS permettent précisément cela. Elles transforment des récits individuels en matériaux d’analyse. Elles rendent visibles des phénomènes qui, autrement, resteraient dispersés et invisibles. Elles permettent également de comparer des situations très différentes et d’identifier les défaillances récurrentes des dispositifs existants.
Elles constituent ainsi un outil essentiel pour toute démarche de compréhension et de réforme.
Une démarche au service de l’intérêt général
HELPEN n’a pas été créée pour produire des statistiques ou publier des rapports. L’association est née parce que des agents souffraient et avaient besoin d’être entendus.
Mais très vite, une évidence s’est imposée : tant que ces souffrances resteraient dispersées, elles pourraient être ignorées. Les FDAS répondent à ce problème. Elles donnent une forme à ce qui, jusque-là, demeurait invisible. Elles permettent de transformer des expériences individuelles en connaissances collectives.
Elles facilitent le travail des chercheurs, éclairent les décideurs publics, nourrissent le débat démocratique et permettent de mieux comprendre les risques psychosociaux auxquels sont confrontés les personnels de l’Éducation nationale.
Conclusion : comprendre pour prévenir
Chaque fiche HELPEN raconte une histoire. Une histoire souvent difficile, parfois dramatique, toujours profondément humaine. Mais ce qui nous intéresse n’est pas seulement cette histoire. Ce sont les mécanismes qu’elle révèle.
Lorsqu’un même schéma apparaît dans plusieurs académies, pour plusieurs métiers, auprès de plusieurs générations d’agents et sur plusieurs années, il ne s’agit plus d’un simple problème individuel. Il s’agit d’un sujet d’intérêt général.
C’est précisément pour cela que nous documentons, analysons et conservons ces situations. Non pour désigner des coupables ou alimenter des polémiques, mais pour permettre enfin ce qui manque trop souvent : la compréhension, la prévention et la réforme.
Parce qu’une institution qui protège réellement ses agents n’est pas seulement celle qui réagit après un drame. C’est celle qui est capable de regarder lucidement ses propres mécanismes, d’en tirer les leçons et d’empêcher que les mêmes situations se reproduisent.
Telle est l’ambition des Fiches Descriptives et Analytiques de Situation. Et telle est l’une des missions essentielles que HELPEN s’est donnée.
Solidarité, combativité
Luttons ensemble contre le harcèlement moral dans l'Education nationale. Tout don à Helpen offre 66% de réduction d'impôts.
© 2024-2026. All rights reserved (INPI). HELPEN - 22 rue de la Saïda - 75015 PARIS
contact@helpen.fr - CETTE ADRESSE MAIL NE RECOIT NI TEMOIGNAGES NI PIECES JOINTES. Bien lire le message de réponse automatique.
IMPORTANT - Les dépôts de témoignage se font sur la plateforme helpen.eu, pas par courriel. Les témoignages sont déposés sur le site intranet réservé aux adhérents, pour des raisons de sécurité et de confidentialité.


