HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE

Comment améliorer les rapports hiérarchiques au sein de l’Éducation nationale ?

Par le bureau de l’association d’intérêt général Helpen, contre le harcèlement moral et l’inaction institutionnelle dans l’Education nationale Réparer la chaîne hiérarchique pour refonder l’École : un préalable politique et éducatif

Guillaume DELABY - Helpen

9/10/20263 min read

On ne réformera pas l’Éducation nationale sans regarder lucidement ce qui, en son cœur, ne fonctionne plus. Avant de parler d’autorité, de discipline ou de restauration du « cadre », il faut accepter un constat mis sous silence depuis trop longtemps : le lien hiérarchique, tel qu’il est aujourd’hui vécu par une grande partie des personnels, est profondément abîmé. Cette dégradation n’est ni marginale ni conjoncturelle. Elle participe directement à la perte de sens du métier, à l’épuisement professionnel et à la crise de confiance qui traverse l’institution scolaire.

L’héritage du plan Langevin-Wallon nous rappelle pourtant que l’École ne peut être émancipatrice que si son fonctionnement interne est cohérent avec ses valeurs d’exemplarité. Une institution éducative qui tolère le silence face aux injustices qu’elle produit affaiblit sa propre mission. Faire ce constat n’est pas un acte de défiance ; c’est un acte de loyauté républicaine.

Constater les défaillances hiérarchiques : sortir enfin du déni pour reconstruire

La hiérarchie dans l’Éducation nationale est aujourd’hui caractérisée par une fragmentation extrême. Entre établissements, services déconcentrés et administration centrale, la responsabilité se dilue, la parole se perd et l’inaction devient la norme. Les agents confrontés à des situations de souffrance au travail, de conflits graves ou de harcèlement font souvent l’expérience d’un parcours administratif sans issue : signalements sans réponse, délais interminables, absence de décision claire.

Ce silence institutionnel n’est pas neutre. Il agit comme un mécanisme de dissuasion implicite. À force de ne pas répondre, l’institution transmet à ses agents l’idée selon laquelle parler est inutile, voire dangereux. Ceux qui persistent à alerter sont alors perçus comme des éléments perturbateurs plutôt que comme des professionnels responsables. Cette mise sous silence forcé touche particulièrement les personnels attachés à l’éthique du service public, ceux qui refusent de s’habituer à l’inacceptable.

Or, Langevin et Wallon concevaient l’École comme un espace de coopération démocratique, où la responsabilité collective prime sur la logique de domination. Une hiérarchie qui ne répond plus rompt ce contrat moral. Avant toute réforme, il est donc indispensable de reconnaître ces lacunes structurelles. Tant que le déni persiste, toute transformation restera superficielle, voire contre-productive.

Exemplarité, responsabilité et fermeté : refonder l’autorité éducative

Il n’y aura pas de restauration du lien hiérarchique sans exemplarité à tous les niveaux, et en particulier au sommet. L’autorité éducative ne se construit ni par la peur ni par l’effacement des problèmes, mais par la capacité à assumer les manquements lorsqu’ils existent. Trop souvent, la volonté de « protéger l’institution » conduit à confondre l’intérêt général avec la protection d’agissements individuels fautifs.

Cette confusion est destructrice. Distinguer clairement la faute individuelle d’un agent du service rendu par l’administration ne fragilise pas l’Éducation nationale ; cela la renforce. Une institution capable de reconnaître ses dysfonctionnements est une institution crédible. À l’inverse, l’inaction prolongée alimente l’impunité, discrédite la hiérarchie et installe une violence diffuse, d’autant plus difficile à combattre qu’elle est silencieuse.

Dans l’esprit de Langevin-Wallon, l’autorité éducative est indissociable de la responsabilité et de la justice. Elle suppose des cadres formés, soutenus, capables de décider sans craindre l’isolement, mais aussi des règles claires : réponses obligatoires aux alertes, procédures lisibles, cohérence entre les échelons hiérarchiques. Sans cette cohérence, l’institution ne peut exiger des élèves ce qu’elle ne s’applique pas à elle-même.

En conclusion

Améliorer les rapports hiérarchiques au sein de l’Éducation nationale ne relève pas d’un ajustement technique, mais d’un choix politique au sens le plus noble du terme. Avant de réformer, il faut accepter de nommer les failles, de reconnaître l’inaction et la mise sous silence qui minent aujourd’hui le fonctionnement de l’institution. Refuser ce constat, c’est condamner toute réforme à l’échec.

Face aux réponses autoritaires et aux logiques de répression, l’héritage humaniste du plan Langevin-Wallon offre une alternative claire : une hiérarchie exemplaire, ferme et responsable, au service d’un projet éducatif démocratique. Refonder le lien hiérarchique, c’est redonner à l’École la cohérence morale sans laquelle elle ne peut prétendre émanciper ni les élèves, ni celles et ceux qui les accompagnent.

Guillaume DELABY, pour le bureau de Helpen

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