HELPEN - ASSOCIATION RECONNUE D'INTERET GENERAL - LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT MORAL ENTRE PERSONNELS DE L'EDUCATION NATIONALE

À la veille des vacances parlementaires, cinq questions écrites brisent enfin le silence

Cinq questions parlementaires. Une même interrogation. Et maintenant ? Au moment où les parlementaires s’apprêtent à partir en vacances, un fait mérite d’être souligné. En quelques semaines seulement, cinq députés issus de cinq sensibilités politiques différentes ont officiellement interrogé le ministre de l’Éducation nationale sur la souffrance au travail des personnels et sur les alertes documentées par l’association HELPEN.

Helpen

7/23/20264 min read

Pendant des années, la souffrance au travail des personnels de l’Éducation nationale est restée un sujet presque invisible.

Les débats publics ont porté, à juste titre, sur le harcèlement entre élèves, sur les violences scolaires, sur le climat dans les établissements ou encore sur l’attractivité du métier d’enseignant. Ces sujets sont essentiels.

Mais une autre réalité est restée largement absente du débat national : celle des personnels eux-mêmes lorsqu’ils deviennent victimes de harcèlement moral, de dysfonctionnements institutionnels ou de situations de souffrance professionnelle.

Depuis deux ans, HELPEN recueille des témoignages venus de toute la France. Des enseignants, des personnels de direction, des CPE, des AESH, des personnels administratifs, des inspecteurs parfois, décrivent des situations qui présentent souvent les mêmes mécanismes : alertes sans réponse, procédures qui s’enlisent, protection fonctionnelle difficile à obtenir, médecine de prévention insuffisamment accessible, isolement progressif, arrêts de travail, perte de confiance dans l’institution.

Pourtant, malgré plusieurs milliers de situations documentées, malgré des centaines d’articles publiés dans la presse, malgré les rencontres avec la DGRH, l’Inspection générale, des parlementaires, des organisations syndicales et de nombreux acteurs de la prévention, ce sujet demeure étonnamment discret dans la communication institutionnelle du ministère.

Il ne figure pratiquement jamais parmi les grandes priorités affichées.

Cette absence interroge.

Car protéger les personnels n’est pas un sujet secondaire. C’est une condition indispensable au bon fonctionnement du service public d’éducation.

Un fait politique inédit

À quelques jours de la suspension des travaux parlementaires, un élément nouveau mérite pourtant d’être relevé.

En moins de trois mois, cinq députés appartenant à cinq groupes politiques différents ont officiellement interrogé le ministre de l’Éducation nationale sur cette question.

En mai, Emmanuel Duplessy demande quelles mesures seront prises pour identifier les dysfonctionnements structurels favorisant le harcèlement moral, garantir une protection effective des agents et assurer un véritable suivi des signalements.

Début juillet, Géraldine Bannier s’intéresse plus particulièrement au harcèlement hiérarchique. Elle pose une question simple : que se passe-t-il réellement lorsqu’un harcèlement est constaté ? Pourquoi tant de victimes ont-elles le sentiment que leur signalement disparaît sans suites visibles ?

Le même jour, Maxime Michelet élargit encore le débat. Il rappelle que les difficultés rencontrées par les personnels finissent aussi par affecter les établissements, les élèves et les familles. Il demande comment améliorer durablement la prévention et le traitement de ces situations.

Une semaine plus tard, Christophe Marion interroge le Gouvernement sur un autre point essentiel : comment évaluer objectivement l’efficacité des dispositifs déjà mis en place ? Les cellules d’écoute existent. Les procédures existent. Mais produisent-elles réellement les effets attendus ?

Enfin, le 21 juillet, Karim Benbrahim pose peut-être la question la plus structurante de toutes : l’État dispose-t-il aujourd’hui d’un véritable état des lieux national des signalements effectués par les personnels, de leur traitement et de leurs suites ?

Une convergence qui dépasse les clivages politiques

Pris séparément, chacun de ces textes pourrait apparaître comme une simple question écrite.

Pris ensemble, ils racontent tout autre chose.

Ils montrent qu’un même sujet émerge désormais simultanément chez des députés appartenant à des sensibilités politiques très différentes.

Écologistes.

Socialistes.

Centre.

Majorité présidentielle.

Droite.

Cette convergence mérite d’être soulignée.

Elle signifie que la souffrance au travail des personnels n’est plus seulement un sujet porté par des associations, des victimes ou quelques spécialistes de la santé au travail.

Elle devient progressivement un objet d’interrogation parlementaire.

Autrement dit, une question d’intérêt général.

Une attente forte vis-à-vis du ministère

Les réponses du ministre seront désormais particulièrement attendues.

Plusieurs hypothèses sont possibles.

La première serait une réponse essentiellement descriptive, rappelant les dispositifs existants, les cellules d’écoute, les référents, les formations et les procédures déjà en place.

Une telle réponse permettrait de présenter le cadre actuel, mais laisserait entière la question de son efficacité réelle.

Une deuxième possibilité serait que le ministère reconnaisse la nécessité d’améliorer le suivi des signalements et l’évaluation des dispositifs, tout en annonçant quelques évolutions organisationnelles.

Une troisième hypothèse serait plus ambitieuse encore : reconnaître que les données nationales demeurent insuffisantes, que certaines situations échappent aujourd’hui au pilotage national et qu’un travail d’évaluation indépendant mérite d’être engagé.

Enfin, il existe une quatrième possibilité : celle de réponses très tardives ou très générales, qui ne répondraient que partiellement aux interrogations précises formulées par les parlementaires.

Dans tous les cas, ces réponses constitueront désormais une référence.

Elles permettront de mesurer la manière dont le ministère appréhende aujourd’hui cette question.

Septembre : le temps des faits

Le calendrier donne à cette séquence une portée particulière.

Les réponses ministérielles commenceront à arriver au moment même où HELPEN publiera son Livre noir de la souffrance au travail dans l’Éducation nationale.

Cette publication n’a pas été conçue pour alimenter une polémique.

Elle répond à un besoin beaucoup plus simple.

Mettre à disposition du débat public un travail de terrain construit à partir de milliers de témoignages, d’analyses juridiques, médicales et organisationnelles, afin de mieux comprendre les mécanismes qui conduisent certains agents à perdre leur santé, leur carrière, parfois même toute confiance dans leur institution.

Le Livre noir ne prétendra pas détenir toutes les réponses.

En revanche, il apportera des éléments qui manquent aujourd’hui au débat : des données, des situations concrètes, des analyses, mais aussi des propositions.

Le silence ne peut plus être une réponse

Pendant longtemps, la souffrance au travail des personnels de l’Éducation nationale est restée un angle mort.

Aujourd’hui, cinq parlementaires, issus d’horizons politiques très différents, demandent officiellement au Gouvernement de rendre des comptes sur ce sujet.

Ce simple constat constitue déjà une évolution importante.

À la rentrée, chacun pourra comparer les réponses apportées par le ministère avec les réalités documentées sur le terrain.

Notre souhait reste inchangé.

Que cette question ne soit plus abordée uniquement lorsque des drames surviennent.

Qu’elle devienne enfin un véritable enjeu de prévention, de transparence et d’amélioration du service public.

Car protéger les personnels de l’Éducation nationale, c’est aussi protéger l’École de la République.

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